vendredi 30 mars 2018

Les SCOP : l’avenir de la nouvelle économie mondialisée ?


« Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ».
Par Noura Mebtouche.
 Aujourd’hui dans un contexte de crise du marché du travail, la SCOP se présente comme une alternative possible et souhaitable au modèle de l’entreprise classique. Dans une perspective plus élargie, elle sous-tend la problématique liée à la manière dont peut se remplir le gouffre entre une vision capitaliste et libérale du champ économique, et l’autre alternative, celle du collectivisme. 
Denis Clerc, Fondateur du magazine Alternatives Economiques, Scop, dans « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique », nous montre les contradictions d’un modèle malheureusement encore rélégué aux ornières du capitalisme régnant et peu à même encore, de constituer un vivier suffisamment organisé pour pallier aux carences de ce dernier. Toute la question est de savoir d’où le mouvement des SCOP tire son historicité et quelle est la place de cette dernière dans l’histoire économique française ?
Ce questionnement et l’enquête qui en découle, nous ouvre les portes sur une problématique qui se rapporte à notre réalité économique et sociale actuelle : le mouvement des SCOP pourrait-il être un des éléments annonciateurs autant que constitutif de l’émergence d’une troisième voie entre les modes d’organisation capitalistiques et les modes d’organisation socialistes ?
En termes contemporains, pour se refléter à l’histoire économique française d’aujourd’hui, est-il une alternative satisfaisante au duel libéral et socialiste dont le jeu d’alternative se solde aujourd’hui par un échec ?
Deux auteurs, en accompagnement à la réflexion de Denis Clerc, viennent répondre à ce questionnement.  Ainsi, dans un long article riche en documentation historique « Histoire, problèmes et projets de la coopération ouvrière en France »,   François Espagne nous renseigne t’il sur les différentes phases historiques du développement d’un mouvement qui aujourd’hui s’organise davantage, contexte économique oblige. Enfin, pour ce qui est du rôle à jouer en matière d’emploi , on peut se référer à l’article de François Gazier « Tous sublimes, vers un nouveau plein emploi », Paris, Flammarion, 2003. A l’appui de ces recherches et analyses du phénomène coopératif, Denis Clerc tente de nous donner de nouveaux éclaircissements en en énumérant les avantages comme les inconvénients. Davantage encore, il met en avant plusieurs questionnements : la SCOP renverse t’elle véritablement le rapport capitalistique ?  Remet-on en cause la société de marché ?  Le libéralisme économique ?  Ce mouvement encore classifié dans les rangs d’une économie alternative censée pallier aux carences du système existant constitue t’il une force suffisante à la mise au point d’une requalification des travailleurs et à la mise en avant d’une nouvelle classe sociale ?
Quelle est l’ampleur de l’enjeu social mis ici en avant ? Comme on le voit, les questionnements sont nombreux et variés, ils mettent en avant des dimensions aussi bien sociales que politiques ou encore économiques comme celles liées à l’emploi.
 Enfin, comment intègre t’on la nouvelle donne environnementale? 
La problématique posée : des racines plongées dans le socialisme utopique qui ont du mal à universaliser le mouvement coopératif pour en faire un paradigme historique dans l’histoire de la pensée économique. Comme le rappelle Denis Clerc, la SCOP et le mouvement coopératif dans son ensemble, sont des éléments que l’on rélègue facilement au rang de champ secondaire d’investigation en matière de théories explicatives du réel économique.  Cette rélègation serait à la fois involontaire, tenant, comme le dit Karl Marx, à la faiblesse du salariat vis-à-vis des grandes entreprises du capitalisme et volontaire, ce dernier s’organisant de façon à ne pas à avoir à se remettre en cause, notamment à travers la pensée économique…
 C’est ce que cherche à nous rappeler Denis Clerc, lorsqu’il évoque le passage du terme sociétés ouvrières de production à celui de sociétés coopératives et participatives. L’abandon du terme « ouvrières » revêt ainsi, une signification profonde. Il fait appel à plusieurs siècles d’histoire qui passent par la mise en avant d’un secteur ouvrier divisé, entre des salariés d’abord exploités puis défendus dans leurs droits et celle d’individus valorisés par leur savoir-faire technique et leur capacité à s’organiser.
 A. Une histoire qui s’inscrit tant bien que mal dans la construction d’une historicité économique française. Phénomène que Denis Clerc ne manque pas d’évoquer : le mouvement de SCOP incité par le mouvement des socialistes utopiques a accompagné le développement du capitalisme sans pour autant influencer réellement ce dernier. Sur le plan politique, il reste marginal dans son essence, et n’arrive pas à constituer une force d’action suffisamment puissante pour être autre chose qu’un mouvement récupéré. Ainsi, un autre auteur, François Espagne,  a t’il mis en avant l’existence, en parallèle avec le développement de la grande industrie naissante, de « structures traditionnelles, avec leurs marchands-fabricants, leurs ateliers familiaux, leurs ouvriers-agriculteurs, et une immense quantité de micro-entreprises et d'artisans ». Ce dernier distingue trois vagues historiques dans l’histoire du monde ouvrier :
 a. D’abord la période 1830-1880. Celle de l’espoir, ce sont les mots de l’auteur, où se théorisent les modes d’organisation sous forme coopérative. Ce mouvement est contemporain des révoltes ouvrières, celle de la Commune, celle des Canuts à Lyon. Il met en avant la scission profonde entre l’Etat français, qui dispose du pouvoir des institutions et du monopole de la coercition légitime, et celui des individus salariés, ceux du monde ouvrier notamment, avec des événements tragiques comme la sévère répression menée par Adolphe Thiers contre la révolte des Canuts.
Cette scission, quoique occultée derrière un camouflage visant à laisser entendre qu’un certain consensus existe autour notamment, récemment, de la question de l’emploi est la principale source du malaise de la représentativité politique actuelle. 
b. La deuxième vague (1880-1980) serait, selon le même auteur celle de la mise au point d’une organisation d’une certaine classe ouvrière, celle-ci se donne de la cohésion au gré des avancées du droit du travail et s’organise syndicalement et associativement. : elle mettra pour cela cent ans, entre 1880 et 1980… une période d’un siècle…
 c. La troisième vague (1980-2015), est celle du retour à la réflexion sur la coopération comme mode d’organisation. La classe ouvrière, comme signe de reconnaissance et de regroupement inaugurant de nouvelles solidarités sociales, sur lequel repose le clivage gauche-droite, a fait ses preuves sous les coups de butoir de la crise pétrolière, de la stagflation qui en résulte, situation qui combine chômage et inflation.  C’est le retour des grands auteurs, observateurs notamment de la révolte des Canuts comme Proudhon, Engels ou Fourier mais encore d’une certaine manière, Bakounine, mais ce renouveau se fait encore sous une certaine indifférence, celle des pouvoirs publics et des employables qui ont un emploi ou pointent encore au chômage, tandis que se développent des coopératives de production au sein des endroits où se niche la paupérisation et l’exclusion sociale. Ce que François-Espagne appelle « un prolétariat de l’exclusion ». 
Et l’auteur de souligner la grande diversité des milieux d’activité où se développent les SCOP, ce qui est le reflet de la grande capacité de ces dernières à s’adapter. Ainsi la SCOP serait-elle d’après Denis Clerc, porteuse d’un réel projet de changement de la sphère productive mais elle se confinerait cependant, en ce qui concerne le secteur industriel, à quelques rares tentatives et ne serait pas suffisamment importante pour contribuer à des transformations sociales suffisamment conséquentes pour en modifier le paradigme, celui fondé sur le traditionnel rapport salariat-ouvrier.
B.  Qu’en est-il de la sphère du changement social ?
a. L’émergence d’une nouvelle stratification sociale.
En 2010, année où Denis Clerc écrit cet article coexistent, en France, 2000 SCOP et 40000 salariés. C’est peu en regard du nombre d’entreprises, c’est beaucoup, si l’on considère l’évolution de leurs effectifs, en regard notamment des nombreuses crises d’identification et de reconnaissance que le mouvement a essuyé lors des deux premières phases mises à jour par François Espagne.
* Les Sublimes.
Davantage encore, on assiste au développement de nouvelles qualifications sociales et de nouvelles bases pour la stratification du social qui sont conditionnées par les niveaux de qualification. Ainsi, Denis Clerc évoque t’il les Sublimes, ces  ouvriers du XIXème siècle qui étaient le plus souvent composés d’ouvriers de métiers, aux qualifications reconnues et élevées, qui supportaient mal la surveillance ou l’autorité d’un patron. Ces derniers font partie d’une frange spécifique de la population qui échappe à la domination qui pèse sur les ouvriers salariés. Ils font partie d’une structure plus ou moins organisée que l’on retrouve notamment dans le compagnonnage, une forme d’aristocratisation de ce monde social des travailleurs.

Et comme le dit l’auteur : « D’une certaine manière, une bonne partie des Scop qui se sont créées depuis une trentaine d’années sont composées de « Sublimes », qui ont décidé de s’associer pour matérialiser leur refus de la hiérarchie et leur désir de se réaliser dans un métier ». Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ». 
 De cette forme de qualification là nait le paradigme du nouvel entrepreneur. Celui ci est très proche de celui décrit par Joseph Aloys Shumpeter dans théorie de l’évolution économique pourtant écrit en 1911. Il fait la part belle à l’innovation, c’est ce qui le caractérise et c’est aussi ce qui caractérise l’ensemble du système social dont il conditionne par ses actes et ses choix, le changement social. Sauf que, ici, cette possibilité est donnée à tous, non pas par la propriété du seul capital que l’on peut faire fructifier en se servant du salariat, fondant ainsi, un rapport social de dominant/dominé mais en obtenant grâce à la participation de chacun à l’organisation de l’entreprise où il travaille, des parts sociales de cette dernière. Mais cependant rien ne change, du point de vue de l’innovation, en matière d’organisation du travail ou de nouveaux podiums, tout au plus se doit-on de signaler les transformations qui marquent nos classifications sociales actuelles : le mouvement SCOP même si il n’est pas encore assez puissant pour que cette affirmation se vérifie tout à fait, pourrait-être un moyen d’échapper à cette modernisation de la société, phénomène décrit par Henri Mendras dans La seconde Révolution française 1965-1984, Gallimard, Paris, 1988 qui caractérise bien nos sociétés contemporaines et dont le principal avatar est de reposer sur les modes de consommation. Ici, il s’agit davantage d’une voie vers une forme d’«aristocratisation sociale », pour reprendre les mots de Denis Clerc, qui pourrait constituer une nouvelle amorce de changement,  suffisamment importante pour modifier complètement les critères de qualification de la place de chacun, pour peu que l’on s’en donne les moyens. Pour cela, il faudrait tout faire pour favoriser le petit entrepreneur et…les SCOP…ce processus participe d’un même mouvement.


*La typologie de Philippe Frémeaux. 
Une autre forme de qualification repose sur la typologie de Philippe Frémeaux : Dans un travail, (Frémeaux, 2011) commandité par la Fondation Charles-Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme et la Caisse des Dépôts et Consignations (organisme d’État, qui gère notamment les fonds collectés par les Caisses d’Épargne), Philippe Frémeaux (le Président d’Alternatives économiques) distingue quatre types de Scop : les Scop d’égaux, les Scop militantes, les Scop sociales, les Scop industrielles.
-Les SCOP d’égaux sont des SCOP qui mettent d’abord en avant le partage des parts sociales comme du travail ou du matériel entre les membres. L’objectif mis en avant est ici éthique.
-Les SCOP militantes sont des SCOP qui se sont formées par et pour l’action revendicative. L’objectif ici est politique.
-Les SCOP sociales sont des SCOP qui se sont mises en oeuvre dans le but de venir en aide aux plus défavorisés ou bien dans celui de maintenir l’activité d’une entreprise abandonnée par ses associés actionnaires capitalistes afin de sauvegarder les emplois. L’objectif est ici avant tout socioéconomique. Il répond à une exigence liée à la conjoncture.
-Les SCOP industrielles sont des SCOP qui ont été mises en place afin, de réaliser des économies d’échelle et de renouveler ou maintenir le potentiel productif de ce type d’entreprises. L’objectif ouvre ici des perspectives industrielles, de restructuration et pourrait être l’objet d’une nouvelle forme de politique industrielle. C’est ce dernier surtout qui est intéressant sur le plan macroéconomique et sur le plan de la logique renversement du rapport capitalistique, rien ne l’empêche d’être aussi en même temps social ou militant ou politique ou éthique.
Là encore, il y a une fort phénomène d’identification des individus à un groupe à identité forte, dans chaque cas de figure. Il n’est en aucun cas lié aux phénomènes de consommation ostentatoire analysés par Veblen et échappe très largement aux paradigme que l’on tire de la théorie du développement de Rostow, laquelle nous oblige encore une fois à définir notre société sur des critères liés à la consommation et à envisager un jour la fin du capitalisme. Bien au contraire il permet d’envisager une économie réencastrée au sens de Karl Polanyi (Karl Polanyi, La Grande Transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard, (1944) (1983).

II. Les conclusions des auteurs : une modification des rapports sociaux fondés sur l’économique.
En effet, même si comme nous le rappelle Joseph Aloys Schumpeter , le capitalisme, l’innovation, est là pour maintenir l’entreprise capitaliste en place pour longtemps, il semblerait que l’apport du progrès technique à la fonction de production dont Robert Merton Solow a montré qu’elle maintenait les rendements croissants ait, à la lumière de ce qu’il se passe à notre époque sur les marchés, des limites certaines. Le nouvel engouement pour les SCOP et pour les modes de consommation alternatifs repose, c’est une évidence, sur une certaine lassitude du marché (c’est à dire à la fois des entreprises et des consommateurs) pour les biens et services produits par les économies d’échelle qui ne font à chaque fois, qu’améliorer le produit afin que son cycle se rallonge (Robert Vernon). Ainsi pourrait-on dire, à l’aune de cet exemple que le capitalisme touche à sa fin et cherche ainsi à se reconvertir en investissant par exemple dans l’économie circulaire ou faussement alternative (labels équitables, labels biologiques), tandis que, dans ce cadre, les mouvements comme celui des SCOP se présentent comme les représentants légitimes de cette sphère économique là, place qu’ils feraient bien de tout faire pour garder, si on ne veut pas que se fomentent de nouveaux monopoles; c’est en tous cas le phénomène que l’on constate aujourd’hui, notamment à travers le mouvement des monnaies complémentaires.
Pour renverser le rapport capitalistique et confirmer Karl Marx, qui lui aussi avait remarqué bien avant l’heure, les contradictions du système capitaliste à travers la théorie de la baisse tendancielle du taux de profit que nous osons ici comparer à celle des rendements décroissants, il faudrait en effet, que le mouvement soit puissant et fortement soutenu par l’Etat.
Cet enjeu s’avère important : c’est un enjeu social et historique visant à laisser la société civile se réapproprier son économie, et c’est ensuite un enjeu qui transforme complètement les rapports économiques. De fondés sur la domination ils deviennent fondés sur la coopération.
 Cette question, Denis Clerc se la pose franchement : l’augmentation du nombre de SCOP, est-il un signe que la modification de notre paradigme économique pour une transition vers une économie nouvelle, est en train de se faire ?
Et de citer les barrières et les barrages qui se posent au renversement du rapport capitalistique (nous reprenons ici les thèmes de Karl Marx fondés sur la domination). A travers trois questions :
*La question de la division technique du travail (un nouveau rapport de domination).
«  Mais dans les grandes Scop, la division technique du travail devient assez vite une division sociale, concrétisée par des écarts de salaires relativement importants, par exemple entre la maîtrise et les ouvriers, ou entre le bureau d’études et le personnel de fabrication, car il faut tenir compte de l’échelle des salaires qui prévaut sur le marché du travail si l’on veut disposer des compétences requises. Et ces différenciations fonctionnelles, hiérarchiques, salariales et en même temps sociales réduisent le niveau de confiance et de capacité coopérative qui peut exister dans une petite Scop (cf. Laurent, 2012). Le « nous » se transforme fréquemment en une différenciation entre « eux » et « nous ». L’obstacle n’est pas irrémédiable, et les formes de gouvernance peuvent être adaptées, pour faciliter les capacités d’expression de chacun et créer ces liens sans lesquels une Scop fonctionne mal. Mais ce n’est pas toujours le cas ».
Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ».
* La question du capital et de son renouvellement.
« À cette première cause de difficulté liée à la taille, s’en ajoute une autre, particulièrement forte dans les Scop industrielles : la nécessité de financer sans appel au marché financier, non seulement le besoin en fonds de roulement, mais aussi les investissements en recherche-développement et les équipements, en général coûteux et rapidement obsolètes, sans lesquels l’entreprise elle-même est menacée. Or l’industrie est un secteur d’activité très capitalistique, (au sens où il lui faut beaucoup de capital technique par salarié pour fonctionner). Au contraire, les travailleurs associés sont pauvres en capital financier. Quand leur entreprise est installée sur une « niche » à forte valeur ajoutée, ou dans une activité où la petite taille initiale n’est pas un handicap (bâtiment, imprimerie par exemple), elle demeure viable et peut grandir… à condition que les résultats soient très largement, voire totalement réinvestis. Mais la pression des travailleurs associés en faveur d’un partage de ces résultats est forte. ». Extrait de Denis Clerc « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ».
Citons également la dernière phrase de ce paradigme :
«Bref, d’une certaine manière, les Scop et notamment dans l’industrie où le besoin de fonds propres est important – volent sans parachute, et doivent impérativement faire des bénéfices pour ne pas être menacées de disparition.». Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ».
Il y a également derrière tout cela, la question que pose également Denis Clerc du licenciement : que faire en cas de difficultés économiques ? La SCOP sera, quoiqu’il advienne pour des critères de rentabilité, obligée de licencier comme toute autre entreprise. Le critère de rentabilité ne disparait donc pas, même s’il n’est plus l’unique objectif de l’entreprise mais en cas de coup dur, si la SCOP ne veut pas disparaitre et ses emplois avec, il doit malgré tout être mis en avant en premier lieu. Comme on le voit ici , poser le mouvement des SCOP comme le vecteur principal de changement de paradigme économique, sortant du rapport capitalistique, qui serait voué à disparition, dans une perspective pas seulement historiciste au sens de Karl Marx mais tout simplement pratique et conjoncturelle, même si elle confirme cette théorie, revient à dire que le mouvement des SCOP tout comme la réappropriation de la sphère économique par les individus et non les seuls détenteurs du capital pourrait être voué à l’échec en l’absence de mesures réglementaires émanant de l’Etat visant à le protéger de la sphère du grand capital.
Nous reprenons ici une phrase de Karl Marx cité par Denis Clerc :  «Ce que Marx critiqua de façon virulente dans son «Adresse inaugurale à l’association internationale des travailleurs » (1864), l’éphémère Première internationale : « La coopération des travailleurs [...] ne sera jamais capable d’arrêter les monopoles qui croissent en progression géométrique ; elle ne sera pas capable de libérer les masses, ni même d’alléger de façon perceptible le fardeau de leur misère. » ». Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ».
Par ailleurs, François Espagne nous montre bien comment, dès la troisième phase historique de développement des SCOP, on se sert de Karl Marx pour étouffer ce mouvement de liberté et le ramener à un vaste ensemble économique maîtrisé par un nombre faible :
«Dès le départ, notamment le troisième congrès on perd la bonne voie et on s’engouffre dans celle du regroupement partisan à grande échelle, sans le savoir, les mouvements ouvriers participent ici à la grande entreprise d’aliénation des individus par les même que ceux qui ont mis en place le capitalisme, le même terme que celui pourtant utilisé par l’auteur de référence principale de ceux qui s’en serviront pour mettre en place le collectivisme et diviser le monde en deux: Karl Marx. Tout y est fait pour sur un plan historique, pour mettre fin à la diversité: Ainsi, après avoir réaffirmé le principe de la coopérative lors des 1er (Paris 1876) et 2ème congrès (Lyon, 1878. ».
 Aussi, insiste- t'il fortement sur le troisième congrès ( Le 3ème Congrès (1879, Marseille) :
« Celui-ci, est celui de la rupture : dominé par la tendance guesdiste, il retient comme système de pensée le "collectivisme marxiste", comme explication de l'histoire et comme stratégie, la lutte des classes, comme objectif la conquête du pouvoir d'Etat, et comme moyen d'action le parti politique. Il n'exclut pas syndicats et coopératives, mais les considère comme des moyens subordonnés "d'agitation révolutionnaire", et "de propagande pour la diffusion des idées collectivistes et révolutionnaires". Passant aux actes, il donne naissance au premier parti politique "de classe", la "Fédération des Travailleurs Socialistes français", qui, de scissions en regroupements, aboutira à la S.F.I.O. de 1905.». Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ».
 Ce passage nous montre comment, dès le troisième congrès, le mouvement des SCOP est absorbé au sein d’une lutte politique qui tend à se servir de toutes les forces en présence, notamment ceux qui s’estiment brimés par le rapport patronat/ouvrier au sein d’un vaste ensemble qui va, au cours du siècle, se constituer et s’organiser de façon à former un ensemble cohérent suffisamment fort, pour former une alternative aux autres partis politiques. C’est notamment de ce troisième congrès que naît le clivage gauche-droite. Dès lors, le mouvement des SCOP a du mal à se définir et perd sa voie naturelle qui est celle de constituer une troisième voie possible, celle de la contestation du capitalisme. En d’autres termes, ce phénomène, loin de remettre en cause l’organisation capitaliste (des associés qui se partagent le capital des grands monopoles et oligopoles ) ne fait que l’avaliser d’autant plus qu’il fait perdre à d’autres vies possibles la possibilité de s’exprimer et de s’organiser en tant qu’initiateurs d’une sortie du capitalisme.
C’est à ce dilemme que nous nous trouvons confrontés aujourd’hui avec un enjeu qui est celui de la sortie définitive du capitalisme et des multinationales, et un réveil dans l’adversité (les voies naturelles de résolution des problèmes de nature macroéconomique comme le chômage étant en échec), le mouvement des économies dites alternatives, dont les SCOP, ressortent comme étant une clé possible, se présente alors comme la solution à exploiter.
III. Vers un paradigme contemporain : la question environnementale.
Finalement, l’actualité reflète les  même problématiques que celles nées au début du XXème siècle, à cela près que quelque chose a changé. D’abord, le capitalisme a montré qu’il avait des limites, la crise des prix des produits pétroliers du début des années 70 a laissé la place à plusieurs décennies de déflation avec chômage et inflation, pour ensuite, chez nous, finir par asseoir définitivement le fonctionnement du capitalisme (celui-ci met en oeuvre le capital) des multinationales, avalisées et maintenues en place par des institutions comme celles de l’Europe de l’Euro ou encore de l’organisation mondiale du commerce,les autres institutions internationales : FMI et banque mondiale se constituant en financeurs et en censeurs de ce dernier.
Dans ce contexte, la phrase de Denis Clerc prend tout son sens :
«Les Scop sont-elles condamnées à n’être que marginales, alors même que, d’un point de vue micro-social, on l’a vu, elles contribuent à démocratiser le système productif, à donner la parole et le pouvoir aux salariés, à réduire les inégalités salariales et à bannir l’exploitation du travail par le capital? Ce qui précède pourrait le laisser penser. Mais, paradoxalement, la crise environnementale dans laquelle nous sommes plongés – et plus particulièrement l’épée de Damoclès du réchauffement climatique qui se trouve au-dessus de nos têtes – change la donne du tout au tout. Cette crise, en effet, scie la branche sur laquelle le capitalisme est assis. Il apparaît clairement que la somme des intérêts particuliers (l’enrichissement) ne produit pas l’intérêt général, mais risque au contraire de déboucher sur le pire. Ce n’est pas vraiment une nouveauté, et il fallait la foi chevillée au corps pour penser, comme Adam Smith ou Friedrich Hayek, que la main invisible du marché contribuait forcément à l’intérêt général. Mais globalement, il faut bien reconnaître que le système capitaliste, malgré tous les vices dont il est porteur – l’exploitation, la concurrence déloyale, les crises, le chômage, les inégalités –, a fortement contribué à améliorer le niveau de vie de la plupart, au moins dans les pays de vieille industrialisation. Mais, avec le défi environnemental, la donne change. Réduire de trois quarts les émissions de gaz à effet de serre en moins d’une quarantaine d’années dans nos pays de vieille industrialisation ne peut résulter du seul marché. Il va falloir que, pour une part au moins, l’intérêt général de l’humanité tout entière guide les actions de chacun. ». Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ».
Puis il nous montre que la conjoncture, et donc la problématique a changé . En effet là où au début du XIXème siècle l’enjeu consistait à produire et à améliorer la productivité tout en changeant un rôle social en matière d’emploi, les entreprises sont désormais confrontées à la question climatique et environnementale. Celle-là même qui a été débattue lors des accords de la COP 21 sur le changement climatique, qui se sont déroulés en décembre 2015 dernier , au Bourget.
«Or, dans le domaine de la production, les Scop sont bien mieux placées que les entreprises classiques pour opérer cette mutation. Elles ne s’appuient pas sur la soif d’enrichissement personnel, mais sur la coopération, pas sur l’intérêt individuel des actionnaires, mais sur l’intérêt collectif des travailleurs. En outre, leur mode de fonctionnement ne se fixe pas pour objectif de maximiser les gains, mais de pérenniser l’emploi : c’est la raison pour laquelle les statuts imposent que la « part travail » ne dépasse pas moitié du résultat, le reste étant affecté aux réserves, lesquelles sont impartageables (ce qui explique que la part de capital ne peut se valoriser). Certes, répondront les critiques : mais cela n’empêche pas que chaque Scop se soucie comme d’une guigne de l’intérêt de la société tout entière. C’est vrai. Mais les Scop peuvent bien plus facilement fonctionner dans un environnement sans croissance. Laquelle risque fort de ne plus être au rendez-vous, si l’on souhaite prendre en compte les impératifs climatiques, comme le montre à l’évidence Michel Husson, un économiste français, sur son site (Husson, 2010).".». Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ». 
Ces impératifs rendent les objectifs justement de la SCOP plus cruciaux et leurs modes de fonctionnement qui se font dans une optique de coopération plus adaptés aux nouvelles données conjoncturelles :
«Il va donc falloir réduire les inégalités et les problèmes sociaux non plus par la fuite en avant dans une course éperdue vers une croissance désormais prédatrice, mais par des formes de partage de l’emploi et de réduction des inégalités au sein même des entreprises. Ce qui implique que celles-ci deviennent des organisations plus solidaires, soucieuses de qualité (du travail, des produits et des relations sociales) davantage que de quantité, assument leurs responsabilités sociales et environnementales et ne fassent pas du profit maximal la finalité de leur existence. ». Extrait de Denis Clerc. « Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique ». 



 On retrouve ici la théorie du réencastrement chère à Karl Polanyi. L’économie devient non plus une sphère qui fonctionne toute seule, prodiguant un revenu aux ménages à l’Etat et aux entreprises, mais largement déconnectée de la réalité par la sphère financière mais bien une entité qui fonctionne avec, pour et par, la société. Il y aurait donc, comme nous l’exprimions en première partie, un enjeu social qui n’a pas pu se développer suffisamment au cours du XXème siècle car les règles du jeu ont été faussées par l’avénement du capitalisme qui pourrait dès aujourd’hui être mis en valeur et satisfaits afin que sphère économique et sphère sociale (au sens de fonctionnement des rapports humains entre eux) puissent s’articuler et fonctionner ensemble.
Cela fonctionne de concert avec des problématiques déjà évoquées sur le plan politique : ainsi du partage du temps de travail (voir loi sur les trente-cinq heures qui reste d’actualité….Si jusqu’ici, le mouvement des SCOP a été détourné de sa vocation première consistant à être le reflet et le principal moteur d’une société d’égaux et de coopération, il se pourrait bien qu’à l’aune des problématiques du début du XXIème siècle (emploi-chômage et environnement), une nouvelle opportunité se présente à lui de constituer contrairement à ce que disait Karl Marx, une force suffisamment puissante pour être le point de départ de cette alternative.
Conclusion :
 Un mode transversal de développement économique, celui de la troisième voie.
Il se développe un mode transversal de développement économique qui pourrait constituer une "troisième voie". Ce dernier ne pourrait se faire sans remplir deux conditions : l’intervention de l’Etat et le protectionnisme.
Ce dernier peut résoudre deux types de problématiques générés par le mode de fonctionnement capitaliste qui divise :
 -L’emploi. Nous évoquerons ici l’étude de Bertrand Gazier : "Tous Sublimes". Vers un nouveau plein-emploi, Flammarion, 374 p. -rééditions (2005), Vers un nouveau modèle social, Champ Flammarion, 376 p.
Ce dernier évoque l’existence salutaire des marchés transitionnels  : les transitions  sont définies comme l’ensemble des positions temporaires de travail et d’activité. En effet, des notions comme celles de système d’emploi, de régime d’emploi, de cohérence institutionnelle et d’équivalent fonctionnel, sont notamment utilisées dans l’ouvrage.
Cette analyse rejoint celle que nous évoquons ici à l’aune des explications de Denis Clerc, à savoir que les mouvements comparables à ceux des SCP sont des mouvements qui laissent entrevoir une possibilité de réencastrement : ainsi, les ouvrages de Bertrand Gazier évoquent t’ils une lecture « non économiciste » des propositions de Beveridge (1945), où le plein-emploi n’est plus compris comme un chômage réduit à sa composante frictionnelle, mais comprend la notion d’inclusion sociale dans un sens large, c’est-à-dire étendue notamment aux perspectives de carrière. Ceci conduit les auteurs à considérer les propositions d’allocation universelle comme deux doctrines qui repose sur la liberté de choix et l’intégration sociale : les marchés transitionnels constituent alors une proposition intermédiaire permettant de concilier ces deux objectifs.
L’intérêt de ces deux ouvrages est de développer une analyse socio-économique des politiques de l’emploi centré sur les transitions. Bien entendu, il va de soi que cette forme de conception transitionnelle des choses est particulière au mouvement des économies alternatives dont fait partie le mouvement des SCOP tout comme celui du revenu universel ou encore, le champ des monnaies complémentaires. En effet, si chaque politique économique est perçue par le grand public selon le bon vouloir des politiques, toujours comme une transition , il n’en s’agit pas moins ici, d’une transition d’un type particulier qui pourrait ouvrir à un nouveau modèle, ce que l’on appelle ici un nouveau paradigme. Cela ne pourra pas se faire sans l’apport des théories institutionnalistes auxquelles Bertrand Gazier laisse une large part.
-la problématique environnementale. Pour terminer, nous appuierons comme le fait Denis Clerc sur la notion environnementale qui tend aujourd’hui à alimenter le nouveau paradigme, à rendre son développement possible, parce que posé par la nécessité. Sans conteste, nous invitons ici le lecteur à se référer aux passages du texte de Denis Clerc cité précédemment, le facteur environnemental trouve dans l’expression du secteur des SCOP, son plus sûr moyen d’être mis en valeur et inclus au sein de la fonction de production au même titre que le progrès technique. Nous citerons actuellement les travaux de l’économie de la fonctionnalité expliquées dans le site suivant : elles aussi partent du paradigme environnemental pour réfléchir à l’économie de demain. Ainsi, on passerait par la force des choses, du pragmatique au fonctionnel, pour arriver un jour peut- être, à l’efficience, c’est à dire une économie sans coûts de transaction, proche de l’optimum défini ici non pas comme le faisait Vilfredo Pareto, sur la simple utilité, mais sur un faisceau complet d’indicateurs, qui inclueraient les données sociales et environnementales. On se situerait donc ici dans la lignée des économistes comme Amartya Sen (Repenser l'inégalité, Points, 2012 (Points Economie), Éthique et économie, PUF, 2012), qui, dès les années 90, évalue les richesses sur des critères qui ne sont pas uniquement quantitatifs avec des outils comme par exemple l’IDH.
Même si ces travaux sont encore marginaux et souvent «en cours de recherche», il n’en reste pas moins qu’ils rejoignent bien l’idée d’une troisième voie dans une approche purement transversale, proche de la notion de réencastrement (puisque on réconcilie l’économie avec l’humain et les sociétés dans les deux cas) . D’autres travaux de recherche sont en cours, ils se développent dans la lignée de cette perspective consistant à concevoir l’économie non pas comme un vaste marché voué au libéralisme mais tout en respectant la loi de l’offre et de la demande et en tenant compte des besoins réels tant sur le plan de la consommation que de l’emploi, ouvert à d’autres formes d’appropriation du capital. Le mouvement des SCOP se situe donc bien dans cette lignée, il se confirme à travers le développement de nouvelles formes d’organisation économique dont la SCOP fait partie.
 Il y a en effet, dans les milieux institutionnels, un intérêt grandissant pour l’ESS et l’apport du développement associatif dans l’économie que le renforcement de la part jouée par les régions dans l’économie devrait confirmer, puisque leur rôle en la matière se confirme avec la loi  NOTRE, qui entre en vigueur en 2016. 
Cette tendance se confirme aussi par d’autres phénomènes comme l’intérêt de la caisse des dépôts et des consignations pour le club de l' économie de la fonctionnalité et la question environnementale. (Voir club économie de la fonctionnalité et développement durable : caisse des dépôts et des consignations).
Une seule ombre au tableau : cette dernière est aujourd’hui prise en charge de plus en plus par le secteur financier et privé, elle risque donc d’être récupérée encore une fois au sein de la sphère de raisonnement capitaliste au lieu d’appartenir à celui des économies alternatives comme les SCOP. Dans ce cas, il y a un danger de voir notre patrimoine environnemental devenir sujet à une appropriation par les firmes, notamment comme le montre Jutta Kill dans «l’évaluation économique de la nature», Fondation Rosa Luxemburg, bureau de Bruxelles, novembre 2015, par des formes de titrisation.
C’est pourquoi, il semblerait que la question institutionnaliste soit cruciale : cette réappropriation du Capital à l’aune des nouveaux enjeux de réencastrement ne saurait se passer de la réglementation éthique de la part de l’Etat, notamment dans les pays en développement où les SCOP, le développement local, avec mise en valeur des spécialités régionales sont des enjeux cruciaux.
Enfin, comme nous l’évoquions au début de cette introduction, ce développement d’un paradigme nouveau ne pourrait se faire dans les pays développés comme dans les pays en développement, sans la mise en place de mesures de type protectionniste. 
Friedrich Liszt évoquait pour justifier de telles mesures à son époque, le capitalisme naissant, il s’agirait ici du renouveau économique naissant. (Zollverein, protectionnisme éducateur exprimé notamment dans Friedrich Liszt, "Système national d'économie politique, édition de Henri Richelot, Paris, 1857".
Ce protectionnisme ne porterait pas atteinte au libre-échange mais pourrait fonder un nouveau type de mondialisation, plus réglementé et plus éthique.
Noura Mebtouche.
Etudiante. Master 2. 
Sciences du territoire.
UPMF de Grenoble.



Bibliographie sommaire.
Denis Clerc, Fondateur du magazine Alternatives Economiques, Scop, dans «Les coopératives de travail en France : état des lieux et défis actuels en contexte de crise écologique» 
François Espagne, «Histoire, problèmes et projets de la coopération ouvrière en France», (1996). 
 Bertrand Gazier, «Tous sublimes, vers un nouveau plein emploi», Paris, Flammarion, 2003. 
 Bertrand Gazier : "Tous Sublimes". Vers un nouveau plein-emploi, Flammarion, 374 p. -rééditions (2005), Vers un nouveau modèle social, Champ Flammarion, 376 p. 
 Karl Marx, Le Capital. Critique de l'économie politique, 1867.  
 Karl Marx, Les Luttes de classe en France, 1850.
Joseph Aloys Schumpeter, Théorie de l’évolution économique, 1911. 
 Henri Mendras, « La seconde Révolution française 1965-1984 », Gallimard, Paris, 1988. 
 Philippe Frémeaux, Fondation Charles Léopold Mayer, étude pour le Progrès de l’Homme et la cause des dépôts et consignations. 
 Rostow. Les étapes de la croissance économique, 1960. 
 Karl Polanyi, la Grande Transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard, (1944) 1983). 
 Jérome Maucourant, «Avez vous lu Polanyi ?». Paru le 25 octobre 2011 -Essai (poche) 
 Robert Merton Solow, «A Contribution to the Theory of Economic Growth», Quarterly Journal of Economics, vol.70, no1, 1956, p.65–94 (lire en ligne) 
 (Robert Vernon), Principe de l’économie politique et de l’impôt (1817) 
Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations, 1776,  Paris, PUF, coll. «Pratiques théoriques», 1995, 1512p. 
 -Friedrich Von Hayek, La présomption fatale : Les erreurs du socialisme, Paris, PUF, coll.«Libre échange», 1993 . 
-Friedrich A. Von Hayek (préf.Christian Schmidt), Prix et production. [«Prices and Production»], Paris, Calmann-Lévy, coll «Perspectives de l’économie», 1975. 
-Friedrich Von Hayek. La route de la servitude. The road to serfdom, Paris, PUF, coll Quadrige, 2010. 

Michel Husson, un économiste français, sur son site (Husson, 2010).".. 
 William Beveridge, (1945), rapport de 1942, Social Insurance and Allied services. 

Théories institutionnalistes.
Veblen, T. (1899), Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970. 
Veblen, T. (1904), The theory of business enterprise, New York, Scribner, 1927. 
Veblen, T. (1914), The instinct of workmanship, New York, Huebsch, 1922. 
Williamson, O. (1985), The Economic Institutions of Capitalism, New York, The Free Press. 
Boyer, R. & Saillard, Y. (eds) (2002), Théorie de la régulation. L’état des savoirs, Paris, La découverte. 
Thorstein Veblen, "Why is Economics Not an Evolutionary Science" The Quarterly Journal of Economics Volume 12, 1898. 

Economie de la fonctionnalité.
Gérald Gaglio, Jacques Lauriol, sous la direction de Christian du Tertre (2011) "l'économie de la fonctionnalité : une voie nouvelle vers un développement durable ?". Octarès, octobre 2011.« L’économie de la fonctionnalité : une voie nouvelle vers un développement durable ? », Octarès, Octobre 2011 (ISBN 9782915346930) Combe, V., Perrier, S., Pireyn B, Richard C (2008) Étude prospective sur l’économie de fonctionnalité en France, 
Bourg D., Buclet N, (2005), L'économie de la fonctionnalité: changer la consommation dans le sens du développement durable, Futurible, Nov 2005, Numéro 313, p.27-37 
 Amartya Sen, Repenser l'inégalité, Points, 2012 (Points Economie), Éthique et économie, PUF, 2012 
 Jutta Kill , «l’évaluation économique de la nature», Fondation Rosa Luxemburg, bureau de Bruxelles, novembre 2015,   
Friedrich Liszt, "Système national d'économie politique, édition de Henri Richelot, Paris, 1857". 
Le troisième congrès a eu lieu en 1879, à Marseille.


http://frmahieu.perso.sfr.fr/Suitechap4.html 
http://interventionseconomiques.revues.org/1195 
https://wikimonde.com/article/Thorstein_Veblen 
http://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/Cette-economie-que-promeut-le-pape-Francois-2015-12-20-1395240 
http://www.scienceshumaines.com/les-etapes-de-la-croissance-economique_fr_10573.html#achat_article Y lire sa théorie du désarmement. 

Le

mardi 23 mai 2017

Economie sociale et solidaire : enfin des diplômes du troisième degré adaptés.

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Logo GROUPE SOS
logo paris

Dauphine et le GROUPE SOS recrutent la troisième promotion
du Diplôme "entrepreneur social"

 
introduction
 
Une réunion d'information sur le diplôme "entrepreneur social" aura lieu le 4 juillet de 12h30 à 14h, à l'Université Paris-Dauphine (inscription obligatoire, voir ci-dessous). Ce diplôme, en formation continue, est ouvert aux actuels ou futurs entrepreneurs, cadres, dirigeants de l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) mais aussi à tous ceux, issus des fonctions publiques ou de l'entreprise classique (qui travaillent en lien avec la RSE ou pas), qui entendent orienter leur parcours professionnel vers l'innovation sociale, l'innovation territoriale et la co-création.
 
Vous avez des questions ? Envoyez-les à DU.entrepreneursocial@groupe-sos.org et nous vous accompagnerons au mieux dans vos réflexions.
 

SAVE THE DATE
 

4 juillet 2017

La réunion se déroulera en présence de Sylvaine Trinh, Professeur des Universités (Université Paris-Dauphine) et Directrice du programme, de Nicolas Froissard, Vice Président du GROUPE SOS, et de Jérôme Bouron, Directeur des Ressources Humaines du GROUPE SOS.
 
 

>  S'inscrire à la réunion

 

 

Focus sur la formation

 
Le diplôme d’université parcours « entrepreneur social » vise à former des professionnels qui maîtriseront des outils de gestion efficaces, intégreront la boussole économique tout en valorisant leur impact social, et miseront sur l’innovation.

La formation est ouverte aux professionnels issus de tout secteur (secteur public, entreprise classique, ESS…) ayant validé au minimum un bac +3 (ou pouvant faire reconnaitre leur expérience professionnelle dans le domaine). Elle est adaptée à leurs horaires : 30 jours répartis sur 12 mois, à raison de sessions de 3 jours (jeudi, vendredi, samedi) une fois par mois.
formation
Parmi les axes d’apprentissage :
  • L’analyse de l’environnement économique, social et institutionnel ;
  • La capacité à initier des projets répondant aux enjeux sociétaux ;
  • Le diagnostic social de son organisation ;
  • La performance de son organisation ;
  • La valorisation de ses équipes par le management.

 

>  En savoir plus

 

L'ENTREPRENEURIAT SOCIAL EN CHIFFRES

chiffres cles

 
bulle

La parole à Matthias de Chassey

 
Matthias de Chassey est étudiant de la 2ème promotion du D.U. Il est revenu sur son parcours et les raisons qui l'ont amené à s'inscrire au D.U.
 
Quel est votre parcours en quelques mots ?
« Je suis consultant à mon compte pour favoriser le développement des territoires ruraux à l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). Mon objectif est d’accompagner des porteurs de projets associatifs et des PME en partenariat avec les collectivités territoriales, en particulier en Normandie, où je vis. Cette nouvelle mission s’inscrit dans la continuité de la précédente. Pendant 5 ans, j’étais conseiller développement au sein de Familles Rurales Fédération Nationale, qui accompagne des projets associatifs allant de la prise en charge de la petite enfance jusqu’à celle des personnes âgées. Si les projets partent souvent d’initiatives de particuliers, ces derniers ont cependant parfois une méconnaissance des moyens techniques et juridiques (les règles applicables, les sources de financement par exemple). C’est à cet égard que j’intervenais pour les accompagner ».

Pourquoi avoir suivi le D.U. parcours  « entrepreneur social » ?
« J’ai pu maîtriser les modèles économiques de l’ESS à travers mon emploi précédent. Il existe toutefois des modèles associatifs que je ne connaissais pas forcément, dans un contexte d’évolution rapide du secteur de l’ESS. J’ai donc souhaité acquérir une vue
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globale de l’ensemble de ces acteurs. Le D.U. m’a apporté les bases complémentaires qui me manquaient. Le fait qu'il soit ouvert à tous, y compris aux cadres, est intéressant. Cela permet de retrouver sur les bancs de l’université des profils diversifiés et de développer un projet professionnel à tout âge ».
 

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Avec ses 15 000 salariés et ses 405 établissements et services, le GROUPE SOS est une des premières entreprises sociales européennes. Depuis plus de 30 ans, il met l’efficacité économique au service de l’intérêt général. Il répond ainsi aux enjeux de société de notre époque en développant des solutions innovantes dans ses 5 cœurs de métiers : JEUNESSE, EMPLOI, SOLIDARITES, SANTE, SENIORS. Chaque année, les actions du GROUPE SOS ont un impact sur plus d'1 million de personnes en France
 
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Merci de nous avoir lu

jeudi 12 janvier 2017

Départements et ESS.

Economie sociale et solidaire. Publié le mardi 10 janvier 2017.

Où en sont les politiques départementales en faveur de l'économie sociale et solidaire ? Une récente note fait le point sur les pratiques actuelles et sur les repositionnements induits par la réforme territoriale de 2015.
Les départements peuvent-ils et doivent-ils toujours intervenir dans le champ de l'économie sociale et solidaire (ESS) bien que, depuis la loi Notr du 7 août 2015, ils ne soient plus compétents en matière d'interventions économiques ? Le Conseil national des chambres régionales de l'économie sociale et solidaire (CNCRESS) et le Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES) ont interrogé les départements via un questionnaire et une journée d'échange organisée en juillet 2016.
Dans une note qui synthétise les résultats de cette enquête, les deux réseaux mettent l'accent sur la diversité d'approches des départements en matière de politique ESS. Sur le pilotage politique et administratif, d'abord, avec des vice-présidents dédiés à l'ESS, des conseillers délégués ou encore deux élus de rattachement – comme "dans les Yvelines avec un vice-président à l'insertion et politique de la ville et un à l'économie".

Peu de collaboration entre départements et régions.

La diversité caractérise aussi les modalités d'intervention des départements. La note recense : le soutien aux coopératives d'activité et d'emploi et aux dispositifs locaux d'accompagnement (DLA), le soutien aux réseaux de financements et à des initiatives type monnaies complémentaires, le soutien à des incubateurs, le soutien direct aux entreprises de l'ESS via des appels à projets – faisant davantage référence, après la loi Notr, aux "projets innovants" plutôt qu'à la dynamique économique -, le "soutien, quasiment partout, aux réseaux d'acteurs et d'accompagnement" et, "en revanche, très peu de soutien à l'immobilier".
Les échanges sont "fréquents, mais souvent ponctuels" entre le service ESS et d'autres entités du département telles que celles prenant en charge l'insertion, les achats publics ou les territoires. Dans la recherche d'une politique réellement transversale de l'ESS – approche sociale, économique, soutien aux associations… -, l'Ille-et-Vilaine paraît faire figure d'exception. Le CNCRESS et le RTES observent des "difficultés d'évaluation et de référentiel commun pour les budgets et les moyens affectés à la politique d'ESS". Les départements collaborent également peu avec d'autres collectivités sur le sujet : "seuls deux départements (le Pas-de-Calais et l'Ardèche) ont signé en 2015, une convention avec la région".

L'aide à l'entrepreneuriat dans l'ESS : une affaire sociale

A travers divers témoignages, la note se fait l'écho des réflexions sur le positionnement des départements en matière d'ESS. Pour les élus ayant participé à la journée d'échange, évidemment intéressés par le sujet, le département est toujours tout à fait légitime à intervenir, en particulier au titre de ses compétences insertion et "solidarité territoriale".
Vice-président du conseil départemental du Puy-de–Dôme, Gérald Courtadon estime que le département gagnerait, d'un point de vue "humaniste" mais aussi financier, à "sortir [certains publics] d'un dispositif d'insertion vers l'entrepreneuriat ou vers une coopérative de type CAE" [coopérative d'activité et d'emploi]. L'élu, également ancien président de la Cress Auvergne, ajoute que l'ESS est "une excellente réponse au développement des territoires ruraux dans lesquels la région aura du mal à intervenir".
Pour encourager les élus à ne pas se désengager des actions de soutien à l'ESS – ce serait par exemple le cas de quatre départements sur cinq dans les Hauts-de-France –, des "programmes d'intervention possibles" et des "argumentaires" figurent à la fin de la note. Quatre portes d'entrées sont proposées aux départements pour continuer - ou commencer - à mener une politique ESS : la commande publique et les clauses sociales, la solidarité et les coopérations territoriales, la valorisation et la promotion des valeurs de solidarité et l'approche sectorielle - insertion, petite enfance, sport ou encore tourisme.

lundi 29 août 2016

Une réflexion de Jérome Maucourant autour du livre de Isabelle Hillenkamp et Jean-Louis Laville sur Karl Polanyi à l'aune de mon livre "revenu inconditionnel d'existence , budget et fiscalité".

Une réflexion de Jérome Maucourant autour du livre de Isabelle Hillenkamp et Jean-Louis Laville sur Karl Polanyi à l'aune de mon livre "revenu inconditionnel d'existence , budget et fiscalité".
Par Noura Mebtouche.
Effectivement, Karl Polanyi nous surprend toujours avec les concepts développés dans la Grande Transformation. Un livre un peu en décalage avec son époque où on commence à peine avec des gens comme Herbert Marcuse à opérer un arrêt sur image et à une prise de conscience des méfaits de la massification du système (production comme consommation comprises). D'autres regards sur le capitalisme avaient été jetés, des mises en garde et même des solutions possibles s'annonçant déjà comme une troisième voie. Le livre de Karl Polanyi est tombé à point nommé, au moment même où il fallait qu'il tombe comme une synthèse entre tous les économistes de la Lumière. Celle du réel. Cela commence par Aristote premier à formaliser une économie fondée sur l'humain, une économie réencastrée dans nos corps, et peut-être bien avant.
Ainsi, comme nous l'explique Jérome Maucourant, dans son explication du livre de Isabelle Hillenkamp et Jean-Louis Laville (Erès 2013) Karl Polanyi mêle étroitement l'économique et le politique, comme pour annoncer aux individus de ce monde présent que le changement, à savoir la fin du capitalisme en tant que producteur de rentes de monopole anticoncurrentielles au sens propre du terme ne dépend que d'eux. 
Là où les forces d'un pseudo- libéralisme économique (dans le sens où nous l'entendons, à savoir que le vrai libéralisme se définit comme le contraire du capitalisme, le premier étant producteur de rente de Capital qui ne produisent pas de dysfonctionnement socio-économique, le second de rentes que nous appelons "rentes de monopoles" (voir nos travaux dans l'ouvrage "La nouvelle richesse des Nations") qui constituent un travers du fonctionnement du marché censé être librement régulé, sans entrave) sont présentées partout à l'appui des mécanisme de conditionnement de l'individu déjà dénoncées par Herbert Marcuse entre autres, comme salvatrices, génératrices de progrès, de bien être, de confort, appelant à la fiction d'un marché du travail sain et fonctionnant bien, ou plutôt l'utopie présentée aux concitoyens d'un retour imminent à une croissance forte avec plein emploi. 
On  oppose à cette notion l'idée d'une réappropriation citoyenne de la production de biens et de services et par là même du marché, si élargie soit cette notion.
 Cette dernière échappant à l'Etat et au "petit marché", celui du grand capitalisme. Il et en effet grand temps que les citoyens prennent le pas sur une bureaucratie au service du grand Capital, et à notre avis, cette ronde infernale consistant à réajuster sans cesse des données qui ne reflètent pas l'économie réelle pour maintenir un système économique et social devenu désuet est le signe d'un des derniers soubresauts cocasse s'il en est, de ce système.
Première partie du livre : Critique pluridisciplinaire du capitalisme. Donc forcément bien inspirée de Karl Polanyi qui remet l'économie sur un juste plan : celui du social et de l'humain. Comme nous l'explique Jérome Maucourant, se développe aujourd'hui un courant tout neuf, celui de la socioéconomie. 
Or, celle-ci serait confinée encore au rôle de donner "un supplément d'âme à l'économie néoclassique et à ses avatars". Ce qui est dommage. Or, on propose justement ici, de faire régner le social et l'humain en faisant de la sphère économique, son serviteur. Non pas que l'économique, celui qui nourrit les ventres puisse être réduit à une valeur bassement matérielle, c'est au contraire bien ancré dans le social avec les interactions et l'harmonie que cela suppose, ce qui est le contraire aujourd'hui, que ce dernier peut prendre toute son ampleur. 
Ce n'est donc que par le politique au sens d'investissement de chacun dans la gestion de la Cité que l'économique peut fonctionner sans corrompre le fonctionnement naturel et régulier de la société. On en revient ici implicitement à Aristote, et pourquoi pas, à Jean-Jacques Rousseau. Et il s'agit bien comme nous le présente Jérome Maucourant d'une "fabrique de la société" dans le sens où cette dernière n'est jamais figée dans son ensemble, toujours en mouvement ce qui n'est pas le cas dans nos démocraties marquées par le faux libéralisme avec tout ce que cela comporte de sens au niveau de la notion de mot "Liberté". 
Deux conditions sont posées ici par Jérome Maucourant : 
-Que l'ambition politique soit la vision non utopiste et tout à fait rationnelle de Aristote d'un "animal politique" trouvant la pleine et entière jouissance des facultés propres à son espèce  dans la capacité à penser et à organiser rationnellement  le social et le politique afin qu'ils puissent jouer son rôle à plein sans entrave afin de faire émerger comme nous le dit l'auteur une "légitimation intellectuelle nécessaire pour contester l'économie de marché".
-Que l'on soit capable justement de définir clairement ce que l'auteur appelle la "mentalité de marché". Cela suppose de avoir ce que l'on entend par marché. S'agit il du marché tel que le conçoivent aujourd'hui les néocapitalistes ou cette notion reste elle à définir au sens propre du terme.
En d'autres termes, connaissons vraiment le marché, et sommes nous capables de l'identifier et de le rendre à son plein et entier fonctionnement ? Nous pensons que le marché reste effectivement à définir, et qu'il n'en est qu'à sa préhistoire. 
C'est pour cela que, contrairement aux libéraux d'aujourd'hui, nous opposons à la notion qu'ils défendent de grand marché capitaliste celle du grand marché libre et réel tel que Léon Walras en avait déjà l'intuition avec son système de concurrence pure et parfaite. 
C'est celui-ci que nous voulons défendre contre les tenants d'un petit marché étriqué par la concurrence oligopolistique grâce justement à la validation théorique et scientifique des chercheurs en économie qui développent actuellement ce nouveau paradigme. 
Ainsi, la vraie mentalité de marché serait vivante, chatoyante, source de vie à l'opposé de ce pâle fantôme qu'est notre système actuel. Finalement, l'avénement de ce nouveau paradigme, à l'appui d'une légitimation intellectuelle obtenue à force de persévérance et d'infiltration du "Vrai" dans le "Faux" (de quoi donner à Platon le droit d'affirmer que la sortie de la grotte est proche) rend possible, et c'est là qu'est le merveilleux, disons plutôt le réenchantement pour contredire Nietzsche et Marcel Gauchet, car ce la suppose que le "Grand soir" attendu par tous les tenants du marxisme et de ses dérivés est possible sans les camps sibériens.
Mais, et c'est ce que nous explique Jérome Maucourant, l'avancée de ce changement de paradigme souffre d'un handicap majeur qui tient à la source même du décalage entre économie réelle et économie de marché : cette fragmentation entre macroéconomie et microéconomie : entre notre système économique tel qu'il est vu par les chefs d'Etats et le fonctionnement au jour le jour, en local, dans la réalité, à petite échelle de la production et des échanges. Ceux qui cherchent à analyser ces pratiques locales sont encore trop, comme il le dit considérés comme des "nouveaux sociologues économiques" tandis que les autres et de citer l'école de la régulation sont encore trop aveuglés dans leur recherche par des décennies de vision macroéconomique du système, dans une perspective d'économistes politiques. Comment concilier les deux ?
C'est ici un problème crucial qui s'amorce, historique même, car il s'agit de définir la nouvelle grande orientation que va prendre la science économique dans les années à venir.
 Nous irons jusqu'à dire même qu'il s'agit peut-être, dans la perspective où ce dernier réconcilie enfin l'économique et le politique, le citoyen et la Cité, qu'il s'agit peut être du plus grand tournant théorique de tous les temps. 
Dans le même temps et comme pour confirmer ce que nous venons de dire, il s'amorce comme une réponse concrète et scientifique avec validation des hypothèses par l'expériences tel que nous l'ont appris nos pères positivistes grâce à l'invention de la "recherche-action" concept tout à fait nouveau mis en pratique par le triangle UMR et dont nous espérons qu'il va en profiter pour réconcilier (enfin) les acteurs-chercheurs de terrain autodidactes et ceux que l'université valide, pour le plus grand bien de la science. Ainsi, le chercheur devient implicitement acteur tandis que l'acteur de terrain finit par lui aussi établir des typologies, des thèses, et présente ces dernières devant des assemblées entières de chercheurs. 
C'est en effet une heureuse tournure que prend une science qui se veut ouverte par ce qu'elle concerne chacun de nous directement et dont on a que trop vu les effets pernicieux de l'enfermement intellectuel ces dernières années de laisser-aller citoyen. C'est le grand règne de l'anthropologie moderne et on considérera avec bonheur que c'est cette dernière qui a gagné sur les grands schémas des méthodes issues de la sociologie explicative.
Enfin, en dehors de ces considérations de méthodologie, il s'agit aussi d'évoquer la place des recherches actuelles dans l'historicité malgré le peu de recul que nous pouvons avoir à ce jour : et nous ne pensons pas avoir tort, être de doux rêveurs ou des utopistes, ni encore des enfants capricieux en pensant que cette vague là, à l'appui rappelons le encore des erreurs de notre siècle, en affirmant que aujourd'hui même, la science et la pratique se réconcilient pour donner raison à tous les économiques, chercheurs, savants qui ont lutté, pensé, réfléchi, écrit en faveur de l'avénement de l'ère chrétienne.
 A savoir la mise en action du règne de l'homme sur la structure, certains diront la superstructure, d'autres l'Etat dans le sens d'un Etat situé "en dehors des individus" ce qui n'est pas son vrai sens, ce dernier, chose malléable à souhait appartient à tout le monde, c'est "la chose publique", autrement dit "la République". 
Enfin, d'autres parleront du capitalisme et du marché oligopolistique, et à chacun d'entre eux les nouvelles orientations encore toute petites mais appelées à se ramifier de la science économique sont appelées à répondre. Certains répondront que ce ne sont pas les scientifiques qui commandent, objection à laquelle nous pourrions rétorquer que ces derniers sont aujourd'hui des hommes de terrain et d'action, de vrais politiques, quoi. 
Ou du moins les cotoyent-ils de très près dans leurs recherches. Nous faisons ainsi ici allusion à la proximité avec laquelle les chercheurs économistes sur les monnaies complémentaires étendent font des acteurs de terrain en local de toute une région voire plusieurs leur terrain d'investigation principal dans le cadre du programme de recherche "ARC" mené par l'UMR pour ne citer que ce dernier.
Enfin, le fameux déplacement de la science économique qui s'effectue aujourd'hui entre production et échange et Capital est bien en oeuvre à travers les recherches menées sur les nouvelles économies alternatives, celles de l'économie réelle (nous citerons ainsi les SEL, le troc, le gratuit, les initiatives émanant des associations). 

Mais le projet reste malgré tout peu ambitieux. "Il s' agit de savoir si ces "initiatives d'économie populaire " impliquent nécessairement à terme une subversion du système de marché. "L'important au XXI ème siècle, est de rendre possible au sein du capitalisme, s'inspirant du système des réformes révolutionnaires à la André Gorz des "ilôts révolutionnaires" , des îles de coopération dans la solidarité et l'égalité dont le caractère réticulaire pourrait poser la question d'une alternative plus globale" pour citer Jérome Maucourant.
C'est en effet cette question  là qui est au centre des préocccupations.
 On a envie de dire : et la globalité du marché ? Et de poser la reconnaissance dans le but de faciliter l'action pleine et entière d'un grand marché élargi,  lequel ne serait pas circonscrit à l'échange uniquement monétaire, aux production uniquement marchandes. 
Ces dernières tout comme "le grand marché" existent déjà. Il ne reste plus qu'à les rendre effectives, à mettre leur activité au grand jour ce qui suppose un travail de fond sur les Valeurs qui sous tendent les modes de vie.Et nos auteurs d'aller encore plus loin dans la réflexion en évoquant pour reprendre notre idée des valeurs, la nécessaire intégration du tissu culturel dans les alternatives de production. Une gageure et même bien davantage pour notre siècle "spirituel" que d'éliminer en même temps que le monde économique change, toute tentative de domination mais également de possession des uns sur les autres grâce aux structures sociales. 
 Citons : "hiérarchies coutumières, rapports de sexe oppressifs, séparation stricte entre gestionnaires et producteurs". Au centre : l'économie comme le cadre souple et en mouvement perpétuel sur lequel évolue cette société avancée. C'est un terme proprement polanyien, qui fait référence à la théorie du réencastrement*.  Derrière  lui se profile l'idée d'une future société plus libre, plus vaste, plus tolérante, au sein de laquelle des individus évolueraient libres, égaux en droit, non soumis à la dictature d'un marché tout puissant et de tout cet appareil bien structuré qui jusqu' ici l'a dominé.
Ainsi, comme le disent les auteurs, les dérives du localisme ou encore pour faire référence à notre passé gaulois du règne de la tribu enfermée sur elle même ne concevant ses rapports avec les autres que dans le conflit est remplacé par une "intégration du local au global"
En d'autres termes, les points positifs de la Tribu avec les bienfaits de note évolution historique, n'oublions pas que nous sommes dans une République une et indivisible, ni que nous avons encore besoin de la structure de l'Etat même si la nature de cette dernière est, dans un contexte de libération économique des citoyens, devenue "Notre chose", n'est ce pas là sa vocation première?
Enfin, comme nous l' explique J.Maucourant, il s'agit de ne pas circonscrire ces échanges, et donc l'économie, à la sphère financière, encore faut-il mettre cette dernière dans un contexte plus global qui inclut d'autres formes d'échange.
De là à faire porter l'essentiel de la réflexion économique sur les pratiques individuelles voire sur une analyse psychologique des agents. 
C'est ce que propose Margie Mendell. C'est une façon de remettre l'individualimse méthodologique au goût du jour et de tenir compte de la psychologie des individus pour mieux éclairer le choix ou les choix rationnels de l'homo economicus, en tenant compte de leur part d'irrationalité, chose que Keynes est le premier à inaugurer. A ce propos, il convient de tenir compte du texte suivant publié par Denis Collin à propos d'une analyse récente de Marx par John Elste. "John Elster et l'interprétation analytique de Marx".
Ainsi peut-on, en suivant la logique du nouveau paradigme économique consistant à éclairer l'économie sous un jour nouveau, celui de la production et de l'échange en milieu local marqué davantage par la solidarité que par le marché pour tenter de le replacer dans un contexte global. L'ambition est grande, puisqu'il s'agit de faire des "anticipations réelles des agents tenant compte de leur contexte réel incluant la part du psychologique incluse dans l'analyse du relationnel, une analyse macroéconomique".
 Comme nous le dit Jérome Maucourant dans son analyse : "la recherche actuelle montre la montée décisive à l' intérieur du capitalisme d'expériences nombreuses contredisant sa logique même". Il y aurait démocratisation de l'économie qui serait source d'innovation. Ne peut on pas renouer avec la logique même de la dynamique économique propre aux théoriciens de l'analyse néoclassique qui se portent principalement sur l'entreprise en évoquant ici la théorie de Joseph Aloys Schumpeter des grappes d'innovation ? Cette solution aurait le mérite d'éclairer la croissance sous un jour nouveau non pas capitaliste mais si on le replace dans le contexte d'une époque, mû par un processus d'évolution naturel tendant vers le règne de l'individu et non plus par la machine. 
Encore dit-on l'individu dans son entière nature, et non plus seulement du ménage , pur artefact qui consomme des biens et services marchands tels que le décrit la comptabilité nationale qui calcule notre PIB. Voilà une façon intéressant d'opérer la transition nécessaire et naturelle de notre cycle économique actuel sans rupture, sans fracture traumatisante. De quoi réjouir tous nos économistes. Principalement sur la question de la croissance
Il y a donc bien croissance mais une croissance nouvelle, plus qualitative.
Par ailleurs, pour parler d'individu et cela est très bien intégré dans les cercles de la recherche économique actuelle, on peut aussi de cette manière compléter les théories des économistes du Bien-Etre.
Cela permet enfin, pour répondre à la question de Jérome Maucourant, à propos de Karl Polanyi, de réconcilier marché et Etat. Dans ce cadre, comme nous l'avons montré dans notre ouvrage "RIE, budget et fiscalité", la question du Revenu inconditionnel d'existence se pose comme le chaînon manquant être l'Etat, le marché et les individus. Il comble ainsi une fracture béante.
Par ailleurs, la mesure RIE  répond également de façon enfin concrète et motivée sur la question pédagogique. 
José Luis Corragio (1) nous éclaire, avec une culture différente, sur la capacité de l'ESS à constituer un nouveau point de départ pour une analyse globalisante de l'économie en évoquant Mauss et sa "république des coopératives" (2) comme support de réflexion décrivant comment un tel système , en tant qu'alternative au capitalisme, peut se mettre en place de manière durable, et constituer le fondement d'une nouvelle forme de politique économique. 
Ainsi, comme l'explique Maucourant dans son texte, et comme nous le constatons tous aujourd'hui au sein des réseaux d'expérience d'économie locale, principalement les réseaux français et internationaux de monnaies complémentaires (notamment le réseau national de monnaies complémentaires français formé d'acteurs locaux mais très fréquenté par les chercheurs), il y a possibilité de reprendre notre économie en main de manière tout à fait citoyenne afin qu'un jour les deux paradigmes se rejoignent enfin pour qu'une économie réelle se mette en place. 
C'est ce qui a été testé à Cuba et dans les pays socialistes, de manière maladroite, puis, de manière un peu virulente, au Vénézuela, avec un certain succès, il faut bien le reconnaitre et enfin, par les collectifs et réseaux citoyens nombreux, de par le monde, notamment en Amérique du Sud. Ces dernières initiatives fondées dans l'urgence, leur principale motivation étant de lutter d'abord contre la pauvreté, ne paraissent encore que des gouttes d'eau dans l'océan mais elles commencent à prendre progressivement la place qui leur revient tant, dans l'extrême misère qui touche aujourd'hui les pays développés, le capitalisme trouve de moins en moins sa justification. 
Jusqu'ici, il a été difficile aux auteurs de la science économique de se démarquer franchement du système capitaliste puisque entièrement impliqués dedans. Ainsi, Marx se construit à la fois par et contre le capitalisme mais il ne peut s'en dissocier; En décrivant les systèmes économiques de l'Antiquité, à une époque où le grand marché et ses bulles financières et ses économies d'échelle n'était pas encore développé Karl Polanyi nous rend à notre nature même qui fait de nous de êtres économiques bien davantage que des homo- économicus rationnels. Chose que, nous le rappelons, John Maynard Keynes avait déjà deviné même si ces conclusions sont encore trop perdues dans l'acceptation sans condition et sans remise en cause du postulat d'un marché tout puissant. Ainsi, a t'il parfaitement montré à quel point la rationalité parfaite pouvait être freinée par l'émergence de comportements irrationnels, l'homo économicus étant souvent partagé entre la perspective d'un bénéfice lointain et celle de la satisfaction immédiate , la chose venant rompre avec l'idée de l'atteinte possible et future d'un équilibre parfait en suivant ce paradigme là. L'autre, celui qui part de l'individu un et multiple et non pas de l'entreprise est certainement bien plus efficient à défaut d'être rentable.
D'où le titre donné par Hillenkamp et Laville à leur "onze thèses pour promouvoir un autre système économique, rationnel depuis la perspective de la reproduction de la vie". Ainsi y aurait des éléments en commun entre la société de marché et celle de non marché, la vie et la reconnaissance d'autrui étant cette fois ci le principal critère : l'appropriation commune des biens publics, le travail, la terre, la monnaie sont des notions qui ont toujours , même à l'apogée du capitalisme coexisté sous deux formes, une forme dite primitive et une forme évoluée. Reste à inverser les termes et faire des formes primitives des formes évoluées en laissant les autres disparaitre comme d'anciennes grappes d'innovation devenues désuètes, non sans en avoir gardé les principaux enseignements et techniques puisqu'elles correspondent à une période de l'évolution de l'humanité que nous ne saurions renier.
Ainsi, il y aurait bien ici une linéarité, une complémentarité nécessaire, une logique d'ensemble entre les deux systèmes et non pas une rupture historique comme certains l'ont cru en 1917 pour ne citer que cet exemple et si Polanyi ne l'a pas vu, c'est qu'à l'époque de la Grande Transformation il était encore trop immergé dans son époque, trop dépourvu de recul sur les choses pour le voir…
Ainsi, la formidable évolution d'un progrès technique maîtrisé et raisonné permet de pourvoir aux besoins nécessaires à notre évolution sans exclure pour autant l'activité, utilisons ce terme plutôt que le terme de "Travail" à moins que ce dernier ne soit rémunéré de manière éthique. C'est ce que permet par exemple le revenu inconditionnel d'existence sur le marché de travail en matière de prix du travail (salaires). En rendant l'offre de travail moins importante , il le rend rare et donc plus cher. C'est le mythe du balayeur de rue payé grassement pour la pénibilité de son travail qui est ici enfin réalisé. C'est une des conséquences de la mise en place du RIE que j'ai voulu montrer dans "revenu inconditionnel d'existence, budget et fiscalité".
Contrairement à ce que j'explique, la logique du RIE échappe complètement à la dimension de politique autoritaire puisque elle se fonde sur un respect intangible et sans faille du principe d'égalité alors que les autres politiques redistributives menées jusqu'ici, avaient pour principe l'attribution autoritaire de critères censés ouvrir les droits à une allocation ou à un revenu. 
Dès lors qu'une politique d'envergure nationale se met en place sans discrimination aucune , sans arbitraire (pourquoi pas votée par referendum, une ouverture vers la démocratie populaire, il s'agit bien, après tout, d'une réforme  relatives à la politique économique, sociale ou environnementale (article 11, constitution de 1958)), pourquoi ne pas envisager que celle ci puisse rejoindre dans une parfaite harmonie les réseaux citoyens d'économie solidaire que Karl Polanyi appelle les "réseaux de réciprocité", formes antiques, primitives mais éternelles d'entraide sociale, de coopération et de mutualisation qui se jouent au niveau local et font ce que l'on appelle des sociétés évoluées, loin de la loi de la jungle. 
Nous sommes entièrement d'accord avec Jean Michel Servet (3), lorsqu'il évoque à la fois la complémentarité nécessaire entre réseaux de réciprocité, échanges marchands et redistribution, à elles trois, ces formes d'échange constituent bel et bien le nouveau paradigme qui permet d'échapper à la domination et à l'exploitation et aide à la grande réconciliation, voire, à la fusion nécessaire entre l'Homme et l'Etat.
A condition, que ces trois dimensions s'autorégulent lorsque le cas est nécessaire. Par exemple, en empêchant la formation d'une concurrence de type monopolistique ou oligopolistique, ou encore en obligeant la structure d'Etat à intervenir lorsque cela est nécessaire. Notre civilisation étant à mon avis encore trop jeune pour que l'on puisse encore se passer totalement de ce dernier.
Trop jeune ? Je veux dire que dans l'évolution du droit, nous sommes encore dans une phase où ce dernier n'a pas encore suffisamment marqué les esprits pour que l'éducation à la Paix (je me réfère ici à Maria Montessori, notamment à son livre l'Education à la Paix) ne porte encore ses fruits en termes d'autorégulation d'une société, même si nous sommes dans la bonne voie maintenant que nous avons compris que le choses sont faites pour se transformer et mûrir avec lenteur , c'est le cas de notre société,  sans rupture ni destruction.
Il y a là des enjeux terribles, parmi lesquels celui, fondamental, du degré de liberté à obtenir dans un contexte où plus que jamais, la nécessaire réciprocité entraine une interdépendance entre les parties, c'est à dire dans un contexte d'économie réelle, les êtres humains. Dans ce cadre là, on risque, en plus du problème classique de la rareté, de se poser la question dans un contexte d'économie de l'abondance possible sur le plan des ressources mais moins plausible, si l'on se fonde sur le critère d'égalité pour tous, de l'arbitraire. Qui va en effet décider de l'allocation des ressources et du partage des richesses ? Comment chaque individu, dans un contexte où la réciprocité (et nous y englobons aussi bien l'échange équitable marchand que le troc), dépend du bon vouloir de chacun. Et celui qui ne plait pas aux autres, et celui qui est autiste ou n'a pas envie d'aller vers l'autre ?
C'est un peu ce que Jean Michel Servet sous-entend, lorsqu'il évoque sa théorie. Cela dit, nous sommes d'accord avec l'auteur pour distinguer le don (même celui de la Nature) mis à jour par Mauss et la réciprocité en matière de typologie, même s'il va falloir être particulièrement aigus dans notre façon de penser cette différence et reconnaître que le don en soi, même si c'est une forme peu prise en compte jusque là, est lui aussi une forme de réciprocité (lorsque la nature offre gratuitement ses ressources, nous avons envie de la protéger, c'est un processus naturel. On rend toujours ce que l'on doit). 
Justement en matière de nature, on en revient, en suivant le fil de la pensée de Jérome Maucourant à la notion de marché. Certains comme nous le dit Maucourant ont préféré des formes de socialisme autogérées induisant une forte intervention de l'Etat. 
C'est le cas par exemple de Polanyi. Ce serait donner à l'Etat ("Die Commune", pour les adeptes de cette formule autogérée) une forme trop prépondérante. Mieux vaut lui préférer une régulation par le marché privilégiant l'échange avec, pourquoi pas, de la réciprocité, et montrer que les formes d'économie arbitrairement imposées tout comme le marché tout seul avec l'entreprise au centre, sans la réciprocité, sont de grandes utopies (1) .
Ainsi, en situation de concurrence pure et parfaite, le marché peut il être réellement libérateur comme nous le dit Laurence Fontaine qui, elle malheureusement, s'attache au marché traditionnel et a donc une vision erronée des priorités à donner en matière économique. Ce n'est pas le marché qui prime, mais l'économique. 
Donc reprenons : le don, le gratuit (Maussien) qui ne peut se jouer qu'en situation d'abondance, donc de concurrence pure et parfaite, la réciprocité (le troc, l'échange) (éthique, équité), 'échange marchand enfin. (un cinquième ; l'associatif). Mettre ma typologie.
Evoquant Isabelle Hillenkamp, Jérome Maucourant évoque l'idée d'une quatrième sphère de production et d'échange qui vient compléter notre idée d'un marché élargi : la sphère domestique, ce que Hillenkamp appelle "The Householding" et nous sommes d'accord avec elle pour dire qu'il s'agit de la quatrième forme d'intégration (de l'économie à la Gemeinschaft). Cela suppose "un retour à l'identité de groupe comme modèle institutionnel" (non pas forcément faillite mais quelque chose entre le Ménage, unité institutionnelle et la cellule familiale. entre la dénomination complètement anonyme et la vie privée.
Cela s'entend bien sûr d'une sphère économique non pas prédéterminée à l'avance et témoignant d'un certain arbitraire dans la liberté des choix de vie et même s'il y a déplacement de la notion de sphère domestique dans le sens proprement juridique il y a bien ici importance de cette dernière dans la production et l'échange économique. 


Donc reprenons : il y aurait en plus du marché considéré jusqu'ici par consensus comme la seule et unique expression d'une activité économique , d'autres formes d'échange et de production qui constitueraient chacune des sous-ensembles plus ou moins ancrées dans le temps. Pour ma part, c'est ce que je développe dans mon ouvrage "la communauté économique locale, la revanche de la commune" je distingue les types de production et d'échange suivants :
-La sphère marchande.
-La sphère semi-marchande (biens et services associatifs ou encore biens et services produits par les administrations mais payants).
-La sphère non marchande (biens et services produits par les administrations non payants, gratuit, troc, don).
Mais comment s'y retrouver et mesurer votre économie réelle à travers cet amoncellement d'initiatives ?

Et c'est toute la force du système polanyien en tant que précurseur d'une nouvelle façon de concevoir l'économie que d'en tenir (enfin) compte. 

Ainsi replace t'on l'économie à sa juste place, celle des individu, c'est pourquoi Polanyi parle de réencastrement. 
L'économie du local au global fonctionne non pas comme un grand système qui essayerait tant bien que mal de coller aux individus mais comme un système elliptique partant de chaque individu dans sa singularité et allant dans un système fonctionnant du plus petit au plus grand. D'abord l'individu, puis le foyer formé de membres familiaux, d'amis , de connaissance s (parents, amis , relations) puis par la tribu, le village, la ville, le réseau de villes, la région, le territoire national puis enfin, le territoire international. On en revient au vieil adage tribal : "mon frère avant mon cousin, avant mon voisin avant l'étranger" qui ressort dans toutes les tribus ancestrales gauloises, celte ou africaines pour ne citer qu'elles. Il en va de même en matière d'évolution du politique, c'est non pas à grand échelon qu'il faut raisonner mais sur une échelle qui va du plus petit au plus grand pour appréhender le mieux possible la valeur  et l'efficience de la démocratie.
Comment chiffrer ces valeurs économiques, cette création de valeur ajoutée supplémentaire qui est située en dehors des normes habituelles ? Nous voulons dire, comptabilisée dans le PIB ? 
Il faudrait organiser une stratégie afin de comptabiliser la valeur ajoutée crée. Pourquoi pas en  réalisant des enquêtes sur le terrain, en demandant à des échantillons de population de mettre sur le papier les tâche effectuées, les travaux réalisés, les heures de travail faites en dehors du temps de travail rémunéré ? Après tout, l'heure de travail n'est elle pas la base de la comptabilisation de la richesse crée ? 
Même chose pour les associations . Ces dernières ne pourraient elles pas tenir un cahier des charges sur lequel elles comptabiliseraient ce qu'elles ontcrée en matière de richesses, le nombre d'heures de leurs bénévoles, de même que les systèmes d'échange locaux, les réseaux d'échange et de troc, les réseaux internet de covoiturage, coworking, colocation coopération ?

Pour en revenir à l'économie domestique cette dernière fait déjà l'objet d'études sur son impact dans la situation économique des ménages non seulement par l'aide apportée par les plus âgés aux plus jeunes dans un contexte macro-économique de chômage mais également parce que comme nous le dit l'auteur il y a ainsi un lien profond qui se forme via les formes familiales entre le rural et l'urbain un lien complémentaire que ne font que renforcer aujourd'hui les nouvelles pratiques, nouveaux échanges et nouveaux liens issus de la rurbanité. (notamment, l'auteur nous parle des lieux d'une petite agriculture de subsistance dans les villes ce qui est la tendance actuelle). 
L'idée est intéressante, elle fait appel aux pratiques actuelles qui visent à faire "entrer la campagne dans la ville" et "la ville dans la campagne", elle s'attache aux relations d'amitié et de fraternité qui unissent les individus au delà de leurs différences, à travers par exemple, le fait associatif..
Ce que l'on pourrait reprocher aux tenants d'une économie qui part avant tout de l'individu et donc de la sphère domestique, c'est d'abord et avant tout le fait que cette dernière n'est là tout comme les autres formes de réciprocité , de production et d'échange non marchand ou semi marchand si l'on reprend ma typologie, c'est d'abord que ces dernières ne font pas autre chose que pallier aux insuffisances de notre système économique global. Or, pour bien faire les choses, il faudrait renverser comme je le dis dans "la CEL, la revanche de la commune" renverser la commune par les pieds et opérer un phénomène de réencastrement de la production et de l'échange en commençant du plus petit au plus grand. Dans ce contexte là, l'économie marchande finirait par ne fonctionner que en fonction de ce qui est en dessous et elle même finirait par être en harmonie avec le reste de la production et de l'échange. Ce n'est que dans ce contexte là que le fameux "laisser faire, laisser passer" peut prendre tout son sens , quand il a en son centre, non pas uniquement l'entreprise mais la communauté toute entière avec pour unique point central, l'individu. De là mettre fin effectivement à la domination, sauf, et c'est là que le bât blesse dans le cadre domestique où à encore, il faut bien le reconnaitre nous vans du mal à mettre fin à toute les dominations notamment liées au sexe qui se sont mises en place au fil du temps. Bien faire fonctionner le système d'économie réencastrée saine, ans domination ou effet pervers dans un contexte d'économie qui libère l'individu de ses entraves suppose bien en effet être dans une société évoluée ce qui n'est pas le cas de partout, même chez nous.
Cependant, on peut relativiser cette observation en tenant compte de l'évolution des mentalités et des valeurs sociales. Une évolution qui se traduit concrètement par l'évolution du droit. Ce dernier donne notamment à voir lors de cette dernière décennie de nombreuses innovations, notamment en matière de droit du père et de reconnaissance de ce dernier. On citera par exemple le congé parental d'éducation (loi du 10 aout 2001, réforme du 21 janvier 2014), valable sans distinction de genre et les jours d'arrêt pour naissance (article 122.25.4 du code du travail).
Sur le plan statistique, les nouvelles générations intègrent de plus en plus l'égalité stricte, et le partage traditionnel entre travail domestique et travail à l'extérieur est de moins en moins évident. C'est d'ailleurs même de plus en plus l'homme qui prend en charge l'essentiel du travail familial pour que la femme hisse faire évoluer sa carrière souvent lorsque le calcul coût-avantage en termes de revenus est plus favorable au foyer.
Ce n'et donc plus le genre qui conditionne les rôles de chacun mais d'autres paramètres qui entrent en jeu.



On peut d'ores et déjà énoncer ici la chose suivante. L'économie réencastrée, sans effet pervers et la situation effective de concurrence pure et parfaite ne peut intervenir qu'à une condition : dans une société évoluée où les droits de chacun sont respectés, sans distorsion ou couts de transaction liées à de prises d'intérêt sinon illégales, du moins illégitimes. Seul le droit, fabriqué par des citoyens éctifs épris de chose publique et ses représentants  et son application sans                peut ouvrir les ports de l'économie de l'abondance et en faire le norme qui s'impose. On pourrait ici s'attarder sur la théorie du double mouvement de Karl Polanyi : Un état, une économie officielle, d'Etat qui distribue les parts d'un gâteau, et de l'autre côté, une économie souterraine , entre usagers et citoyens, qui tente de produire et de partager de la richesse en suivant les lois de la solidarité. Mais c'est ici donner une bien faible importance au paradigme économique qui veut que la création de richesse soit infini et le partage, naturel. 

jeudi 18 juin 2015

Article à écrire sur l'opposition entre une rente de monopole et les deux rentes positives, créatrices de richesse durable que sont les rentes de capital et d'agglomération. Normalement, les deux dernières devraient à terme supplanter la première. L'avancée de la théorie économique progresse : quand l"'analyse par le territoire et le développement durable supplantera t'elle celle macroéconomique par la modélisation des profits sur les marchés ?
La rente d'agglomération est une notion développée depuis longtemps par les auteurs de la géographie économique : Krugman, Fujita, Mori (années 90), à la lumière des géographes.
Elle désigne l'ensemble des effets liés aux externalités positives suscitées par l'extension des pôles de densité urbaine et économique importants.
La rente de capital est une notion qui a été élaborée par moi, dans le cadre de mes recherches sur la liberté d'entreprendre, elle met en valeur la petite entreprise installée sur un territoire donné et prend en compte tous les paramètres de ce dernier, ainsi que tous les effets positifs (externalités) que cette entreprise apporte sur le même territoire, sans remettre en cause les échanges internationaux. Ce n'est pas du protectionnisme c'est de l'esprit pratique. Normal : l'élaboration de cette notion et de sa définition me vient de l'étude du fonctionnement de l'exploitation article, puisque j'enseigne depuis vingt ans, l'économie dans ce milieu là. 
Tout comme John Kenneth Galbraith qui venant d'un milieu agricole avait lui aussi un esprit pratique notamment lorsqu'il fustige les industries d'armement.
Pour en revenir à nos moutons, il convient de ne pas abandonner le raisonnement en termes macroéconomiques, certes, mais de recentrer ce dernier et en le rapprochant d'un mode de raisonnement microéconomique (qui s'intéresse aux acteurs économiques et à leur fonctionnement d emanière poussée), se servir sans complexes du terme de mésoéconomie (le terme est cette fois-ci de Mlle Farge, lyonnaise auteur d'une thèse sur les monnaies complémentaires).
A compléter.

La révolte des Canuts.

La vraie devise des Canuts est "Vivre libre ou mourir" élaborée en 1789, date ou le principe de Liberté resurgit comme principal leitmotiv qui se traduira constitutionnellement ainsi que dans la déclaration de 1789.
Mais on ne remet pas en cause 2000 ans de domination économique (sur 8000 ans de coopération).  
On retrouve ainsi, dès 1841, chez les Canuts et leur devise, cette soumission à un ordre social rigide et préetabli, ne prenant pas en compte l'individu qui se sert alors de la retranscription en deux ordres sociaux : les gens d'arme et le tiers-Etat soit pauvres et travailleurs et nobles combattant se sacrifiant ensemble afin de faire fonctionner la perpétuation du Royaume de France. Ainsi dans la devise "Vivre en travaillant ou mourir en combattant" est-on confronté à nouveau au choix drastique qui se pose à tout français de sexe masculin en 1914 : travailler ou aller sur le front, d'ailleurs il n'avait souvent pas le choix, après que la fonction de se battre pour défendre son pays se soit déplacée d'un ordre : la noblesse à un autre.
Cette dernière ayant perdu sa vocation après 1789, s'étant mal relevée de l'affront subi, laissant la place à d'autres gens, d'autres privilégiés sous l'empire et la restauration, a tout donné aux pauvres poilus...Serait-ce une manière détournée de se venger des sans-culottes ? 
Le sens du sacrifice et de l'obéissance à des dieux tutélaires n'est en effet pas encore sorti de l'inconscient collectif français, on ne se remet pas comme cela de 2000 ans de domination économique sous l'égide de l'Eglise, ni de près de 600 ans de colonisation romaine.
Cela, Karl Marx ne l'avait pas encore perçu peut être. Aussi doit on en revenir aux bases même de l'Internationale. Il faut partir de la liberté de l'individu tout seul...
De là à dire que les Canuts était une révolte conservatrice...




Revue Hérodote .net.

22 novembre 1831



La révolte des canuts de Lyon

Par Fabienne Manière.


Le 22 novembre 1831 éclate sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. La révolte se propage dans tous les quartiers ouvriers de la métropole. Les insurgés prennent pour emblème le drapeau noir et la devise : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».
Fabienne Manière

Victimes du progrès technique

On est au début de la Révolution industrielle... Le mot paupérisme, importé d'Angleterre en France en 1822, exprime le sentiment général que l'enrichissement de la bourgeoisie se paye de l'appauvrissement de la classe ouvrière.
À Lyon, les canuts, dont le nom vient du mot canette, ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons négociants) qui leur fournissent la matière première et récupèrent le produit fini. Ils sont environ 6000 artisans et emploient 30.000 compagnons.
Le revenu des uns et des autres, 18 sous environ pour quinze heures de travail par jour, ne permet qu'une vie de misère. Du fait de métiers à tisser beaucoup plus productifs qu'auparavant, comme le métier Jacquard, et en dépit d'une demande soutenue, ce revenu est deux fois moindre que sous le Premier Empire !
Les canuts font appel au préfet du département, Louis Bouvier-Dumolart, et obtiennent qu'une commission paritaire fixe un tarif minimum. Le préfet fait ensuite afficher dans la ville la déclaration suivante : « Si par exception quelques ouvriers honnêtes ont encore des griefs à faire redresser, les voies légitimes leur sont ouvertes, et ils sont assurés d'y trouver une bienveillante justice ». Mais en recevant les délégués ouvriers, il a enfreint la loi Le Chapelier (1791) qui interdit les associations ouvrières et cela lui vaut d'être désavoué par Paris.
Patrons réfractaires aux concessions
Plus gravement, certains soyeux refusent d'appliquer le tarif minimum en prétextant comme de coutume de la concurrence internationale et des contraintes du marché. Les canuts, en colère, se mettent en grève. Le 19 novembre 1831, au cœur de la Croix-Rousse, ils font face à la garde nationale. Des coups de feu claquent. La révolte gronde.
Deux jours plus tard, les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon après quelques combats avec les forces de l'ordre. On compte une centaine de morts. Maîtres de la deuxième ville de France mais ne sachant que faire de leur victoire, les canuts et la garde nationale, qui s'est finalement ralliée à eux, constituent un comité insurrectionnel pour se donner le temps de réfléchir. Ils s'abstiennent soigneusement de tout pillage.
Voilà le roi Louis-Philippe 1er confronté à sa première révolte sociale à peine plus d'un an après son accession au pouvoir. Le Président du Conseil Casimir Perier, par-dessus tout soucieux d'ordre, envoie 20.000 soldats sous les ordres du maréchal Soult aux portes de Lyon. Ils attendent patiemment que les insurgés se lassent.
Enfin, le 5 décembre 1831, les troupes peuvent entrer dans la ville sans effusion de sang. La garde nationale est désarmée et dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet, jugé trop conciliant, révoqué. Une dizaine de canuts seulement sont traduits en justice... et bientôt acquittés.

Frayeur dans les salons

Casimir Perier (1777-1832), 1832, château de VersaillesCasimir Perier déclare à la Chambre des députés : « Il faut que les ouvriers sachent qu'il n'y a de remède pour eux que la patience et la résignation ». Il n'aura guère le temps de savourer son succès. Épuisé par le travail, il contracte le choléra lors d'une visite auprès des malades à l'Hôtel-Dieu de Paris et meurt le 16 mai 1832.
Dans le Journal des débats, le 8 décembre 1831, Saint Marc Girardin, conseiller d'État, exprime la frayeur des classes possédantes face à la révolte des canuts, si nouvelle dans son principe : « La sédition de Lyon de 1831 a révélé un grave secret, celui de la lutte intestine qui a lieu dans la société entre la classe qui possède et celle qui ne possède pas.. Notre société commerciale et industrielle a sa plaie comme toutes les autres sociétés ; cette plaie, ce sont les ouvriers. Point de fabrique sans ouvriers, et avec une population d'ouvriers toujours croissante et toujours nécessiteuse, point de repos pour la société [...].
Les barbares qui menacent la Société ne sont point au Caucase ; ils sont dans les faubourgs de nos villes manufacturières ».

La « Sanglante semaine »
La révolte des canuts en 1834, gravure colorisée
À nouveau les canuts lyonnais se soulèvent en 1834, après que des meneurs ont été traduits en justice pour avoir dénoncé des baisses de salaires et fait grève. Cette fois, ils trouvent en face d'eux le ministre de l'Intérieur Adolphe Thiers, beaucoup moins accommodant que Casimir Perier. Il laisse les manifestants ériger des barricades puis fait donner la troupe. Celle-ci va méthodiquement reconquérir la ville.
On compte environ 600 morts et 10.000 arrestations au cours de la « Sanglante semaine » du 9 au 15 avril 1834. La répression rassure les possédants sur la détermination du gouvernement à les protéger contre les barbares des faubourgs. C'est un prélude à la « Semaine sanglante » de 1871 par laquelle le même Thiers mettra un terme à la Commune de Paris.