Dauphine et le GROUPE SOS recrutent la troisième promotion
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Une
réunion d'information sur le diplôme "entrepreneur social" aura lieu le
4 juillet de 12h30 à 14h, à l'Université Paris-Dauphine
(inscription obligatoire, voir ci-dessous). Ce diplôme, en formation
continue, est ouvert aux actuels ou futurs entrepreneurs, cadres,
dirigeants de l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) mais aussi à tous
ceux, issus des fonctions publiques ou de l'entreprise classique (qui
travaillent en lien avec la RSE ou pas), qui entendent orienter leur
parcours professionnel vers l'innovation sociale, l'innovation
territoriale et la co-création.
Vous avez des questions ? Envoyez-les à DU.entrepreneursocial@groupe-sos.org et nous vous accompagnerons au mieux dans vos réflexions.
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Avec ses 15 000 salariés et ses 405 établissements et services, le GROUPE SOS est une des premières entreprises sociales européennes. Depuis plus de 30 ans, il met l’efficacité économique au service de l’intérêt général. Il répond ainsi aux enjeux de société de notre époque en développant des solutions innovantes dans ses 5 cœurs de métiers : JEUNESSE, EMPLOI, SOLIDARITES, SANTE, SENIORS. Chaque année, les actions du GROUPE SOS ont un impact sur plus d'1 million de personnes en France
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mardi 23 mai 2017
Economie sociale et solidaire : enfin des diplômes du troisième degré adaptés.
jeudi 12 janvier 2017
Départements et ESS.
Economie sociale et solidaire. Publié le mardi 10 janvier 2017.
Où en sont les politiques départementales
en faveur de l'économie sociale et solidaire ? Une récente note fait le
point sur les pratiques actuelles et sur les repositionnements induits
par la réforme territoriale de 2015.
Les départements peuvent-ils et doivent-ils toujours intervenir
dans le champ de l'économie sociale et solidaire (ESS) bien que, depuis
la loi Notr du 7 août 2015, ils ne soient plus compétents en matière
d'interventions économiques ? Le Conseil national des chambres
régionales de l'économie sociale et solidaire (CNCRESS) et le Réseau des
collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES) ont
interrogé les départements via un questionnaire et une journée d'échange
organisée en juillet 2016.
Dans une note qui synthétise les résultats de cette enquête, les deux réseaux mettent l'accent sur la diversité d'approches des départements en matière de politique ESS. Sur le pilotage politique et administratif, d'abord, avec des vice-présidents dédiés à l'ESS, des conseillers délégués ou encore deux élus de rattachement – comme "dans les Yvelines avec un vice-président à l'insertion et politique de la ville et un à l'économie".
Les échanges sont "fréquents, mais souvent ponctuels" entre le service ESS et d'autres entités du département telles que celles prenant en charge l'insertion, les achats publics ou les territoires. Dans la recherche d'une politique réellement transversale de l'ESS – approche sociale, économique, soutien aux associations… -, l'Ille-et-Vilaine paraît faire figure d'exception. Le CNCRESS et le RTES observent des "difficultés d'évaluation et de référentiel commun pour les budgets et les moyens affectés à la politique d'ESS". Les départements collaborent également peu avec d'autres collectivités sur le sujet : "seuls deux départements (le Pas-de-Calais et l'Ardèche) ont signé en 2015, une convention avec la région".
Vice-président du conseil départemental du Puy-de–Dôme, Gérald Courtadon estime que le département gagnerait, d'un point de vue "humaniste" mais aussi financier, à "sortir [certains publics] d'un dispositif d'insertion vers l'entrepreneuriat ou vers une coopérative de type CAE" [coopérative d'activité et d'emploi]. L'élu, également ancien président de la Cress Auvergne, ajoute que l'ESS est "une excellente réponse au développement des territoires ruraux dans lesquels la région aura du mal à intervenir".
Pour encourager les élus à ne pas se désengager des actions de soutien à l'ESS – ce serait par exemple le cas de quatre départements sur cinq dans les Hauts-de-France –, des "programmes d'intervention possibles" et des "argumentaires" figurent à la fin de la note. Quatre portes d'entrées sont proposées aux départements pour continuer - ou commencer - à mener une politique ESS : la commande publique et les clauses sociales, la solidarité et les coopérations territoriales, la valorisation et la promotion des valeurs de solidarité et l'approche sectorielle - insertion, petite enfance, sport ou encore tourisme.
Dans une note qui synthétise les résultats de cette enquête, les deux réseaux mettent l'accent sur la diversité d'approches des départements en matière de politique ESS. Sur le pilotage politique et administratif, d'abord, avec des vice-présidents dédiés à l'ESS, des conseillers délégués ou encore deux élus de rattachement – comme "dans les Yvelines avec un vice-président à l'insertion et politique de la ville et un à l'économie".
Peu de collaboration entre départements et régions.
La diversité caractérise aussi les modalités d'intervention des départements. La note recense : le soutien aux coopératives d'activité et d'emploi et aux dispositifs locaux d'accompagnement (DLA), le soutien aux réseaux de financements et à des initiatives type monnaies complémentaires, le soutien à des incubateurs, le soutien direct aux entreprises de l'ESS via des appels à projets – faisant davantage référence, après la loi Notr, aux "projets innovants" plutôt qu'à la dynamique économique -, le "soutien, quasiment partout, aux réseaux d'acteurs et d'accompagnement" et, "en revanche, très peu de soutien à l'immobilier".Les échanges sont "fréquents, mais souvent ponctuels" entre le service ESS et d'autres entités du département telles que celles prenant en charge l'insertion, les achats publics ou les territoires. Dans la recherche d'une politique réellement transversale de l'ESS – approche sociale, économique, soutien aux associations… -, l'Ille-et-Vilaine paraît faire figure d'exception. Le CNCRESS et le RTES observent des "difficultés d'évaluation et de référentiel commun pour les budgets et les moyens affectés à la politique d'ESS". Les départements collaborent également peu avec d'autres collectivités sur le sujet : "seuls deux départements (le Pas-de-Calais et l'Ardèche) ont signé en 2015, une convention avec la région".
L'aide à l'entrepreneuriat dans l'ESS : une affaire sociale
A travers divers témoignages, la note se fait l'écho des réflexions sur le positionnement des départements en matière d'ESS. Pour les élus ayant participé à la journée d'échange, évidemment intéressés par le sujet, le département est toujours tout à fait légitime à intervenir, en particulier au titre de ses compétences insertion et "solidarité territoriale".Vice-président du conseil départemental du Puy-de–Dôme, Gérald Courtadon estime que le département gagnerait, d'un point de vue "humaniste" mais aussi financier, à "sortir [certains publics] d'un dispositif d'insertion vers l'entrepreneuriat ou vers une coopérative de type CAE" [coopérative d'activité et d'emploi]. L'élu, également ancien président de la Cress Auvergne, ajoute que l'ESS est "une excellente réponse au développement des territoires ruraux dans lesquels la région aura du mal à intervenir".
Pour encourager les élus à ne pas se désengager des actions de soutien à l'ESS – ce serait par exemple le cas de quatre départements sur cinq dans les Hauts-de-France –, des "programmes d'intervention possibles" et des "argumentaires" figurent à la fin de la note. Quatre portes d'entrées sont proposées aux départements pour continuer - ou commencer - à mener une politique ESS : la commande publique et les clauses sociales, la solidarité et les coopérations territoriales, la valorisation et la promotion des valeurs de solidarité et l'approche sectorielle - insertion, petite enfance, sport ou encore tourisme.
lundi 29 août 2016
Une réflexion de Jérome Maucourant autour du livre de Isabelle Hillenkamp et Jean-Louis Laville sur Karl Polanyi à l'aune de mon livre "revenu inconditionnel d'existence , budget et fiscalité".
Une réflexion de Jérome Maucourant autour du livre de Isabelle Hillenkamp et Jean-Louis Laville sur Karl Polanyi à l'aune de mon livre "revenu inconditionnel d'existence , budget et fiscalité".
Par Noura Mebtouche.
Effectivement, Karl Polanyi nous surprend toujours avec les concepts développés dans la Grande Transformation. Un livre un peu en décalage avec son époque où on commence à peine avec des gens comme Herbert Marcuse à opérer un arrêt sur image et à une prise de conscience des méfaits de la massification du système (production comme consommation comprises). D'autres regards sur le capitalisme avaient été jetés, des mises en garde et même des solutions possibles s'annonçant déjà comme une troisième voie. Le livre de Karl Polanyi est tombé à point nommé, au moment même où il fallait qu'il tombe comme une synthèse entre tous les économistes de la Lumière. Celle du réel. Cela commence par Aristote premier à formaliser une économie fondée sur l'humain, une économie réencastrée dans nos corps, et peut-être bien avant.
Ainsi, comme nous l'explique Jérome Maucourant, dans son explication du livre de Isabelle Hillenkamp et Jean-Louis Laville (Erès 2013) Karl Polanyi mêle étroitement l'économique et le politique, comme pour annoncer aux individus de ce monde présent que le changement, à savoir la fin du capitalisme en tant que producteur de rentes de monopole anticoncurrentielles au sens propre du terme ne dépend que d'eux.
Là où les forces d'un pseudo- libéralisme économique (dans le sens où nous l'entendons, à savoir que le vrai libéralisme se définit comme le contraire du capitalisme, le premier étant producteur de rente de Capital qui ne produisent pas de dysfonctionnement socio-économique, le second de rentes que nous appelons "rentes de monopoles" (voir nos travaux dans l'ouvrage "La nouvelle richesse des Nations") qui constituent un travers du fonctionnement du marché censé être librement régulé, sans entrave) sont présentées partout à l'appui des mécanisme de conditionnement de l'individu déjà dénoncées par Herbert Marcuse entre autres, comme salvatrices, génératrices de progrès, de bien être, de confort, appelant à la fiction d'un marché du travail sain et fonctionnant bien, ou plutôt l'utopie présentée aux concitoyens d'un retour imminent à une croissance forte avec plein emploi.
On oppose à cette notion l'idée d'une réappropriation citoyenne de la production de biens et de services et par là même du marché, si élargie soit cette notion.
Cette dernière échappant à l'Etat et au "petit marché", celui du grand capitalisme. Il et en effet grand temps que les citoyens prennent le pas sur une bureaucratie au service du grand Capital, et à notre avis, cette ronde infernale consistant à réajuster sans cesse des données qui ne reflètent pas l'économie réelle pour maintenir un système économique et social devenu désuet est le signe d'un des derniers soubresauts cocasse s'il en est, de ce système.
Première partie du livre : Critique pluridisciplinaire du capitalisme. Donc forcément bien inspirée de Karl Polanyi qui remet l'économie sur un juste plan : celui du social et de l'humain. Comme nous l'explique Jérome Maucourant, se développe aujourd'hui un courant tout neuf, celui de la socioéconomie.
Or, celle-ci serait confinée encore au rôle de donner "un supplément d'âme à l'économie néoclassique et à ses avatars". Ce qui est dommage. Or, on propose justement ici, de faire régner le social et l'humain en faisant de la sphère économique, son serviteur. Non pas que l'économique, celui qui nourrit les ventres puisse être réduit à une valeur bassement matérielle, c'est au contraire bien ancré dans le social avec les interactions et l'harmonie que cela suppose, ce qui est le contraire aujourd'hui, que ce dernier peut prendre toute son ampleur.
Ce n'est donc que par le politique au sens d'investissement de chacun dans la gestion de la Cité que l'économique peut fonctionner sans corrompre le fonctionnement naturel et régulier de la société. On en revient ici implicitement à Aristote, et pourquoi pas, à Jean-Jacques Rousseau. Et il s'agit bien comme nous le présente Jérome Maucourant d'une "fabrique de la société" dans le sens où cette dernière n'est jamais figée dans son ensemble, toujours en mouvement ce qui n'est pas le cas dans nos démocraties marquées par le faux libéralisme avec tout ce que cela comporte de sens au niveau de la notion de mot "Liberté".
Deux conditions sont posées ici par Jérome Maucourant :
-Que l'ambition politique soit la vision non utopiste et tout à fait rationnelle de Aristote d'un "animal politique" trouvant la pleine et entière jouissance des facultés propres à son espèce dans la capacité à penser et à organiser rationnellement le social et le politique afin qu'ils puissent jouer son rôle à plein sans entrave afin de faire émerger comme nous le dit l'auteur une "légitimation intellectuelle nécessaire pour contester l'économie de marché".
-Que l'on soit capable justement de définir clairement ce que l'auteur appelle la "mentalité de marché". Cela suppose de avoir ce que l'on entend par marché. S'agit il du marché tel que le conçoivent aujourd'hui les néocapitalistes ou cette notion reste elle à définir au sens propre du terme.
En d'autres termes, connaissons vraiment le marché, et sommes nous capables de l'identifier et de le rendre à son plein et entier fonctionnement ? Nous pensons que le marché reste effectivement à définir, et qu'il n'en est qu'à sa préhistoire.
C'est pour cela que, contrairement aux libéraux d'aujourd'hui, nous opposons à la notion qu'ils défendent de grand marché capitaliste celle du grand marché libre et réel tel que Léon Walras en avait déjà l'intuition avec son système de concurrence pure et parfaite.
C'est celui-ci que nous voulons défendre contre les tenants d'un petit marché étriqué par la concurrence oligopolistique grâce justement à la validation théorique et scientifique des chercheurs en économie qui développent actuellement ce nouveau paradigme.
Ainsi, la vraie mentalité de marché serait vivante, chatoyante, source de vie à l'opposé de ce pâle fantôme qu'est notre système actuel. Finalement, l'avénement de ce nouveau paradigme, à l'appui d'une légitimation intellectuelle obtenue à force de persévérance et d'infiltration du "Vrai" dans le "Faux" (de quoi donner à Platon le droit d'affirmer que la sortie de la grotte est proche) rend possible, et c'est là qu'est le merveilleux, disons plutôt le réenchantement pour contredire Nietzsche et Marcel Gauchet, car ce la suppose que le "Grand soir" attendu par tous les tenants du marxisme et de ses dérivés est possible sans les camps sibériens.
Mais, et c'est ce que nous explique Jérome Maucourant, l'avancée de ce changement de paradigme souffre d'un handicap majeur qui tient à la source même du décalage entre économie réelle et économie de marché : cette fragmentation entre macroéconomie et microéconomie : entre notre système économique tel qu'il est vu par les chefs d'Etats et le fonctionnement au jour le jour, en local, dans la réalité, à petite échelle de la production et des échanges. Ceux qui cherchent à analyser ces pratiques locales sont encore trop, comme il le dit considérés comme des "nouveaux sociologues économiques" tandis que les autres et de citer l'école de la régulation sont encore trop aveuglés dans leur recherche par des décennies de vision macroéconomique du système, dans une perspective d'économistes politiques. Comment concilier les deux ?
C'est ici un problème crucial qui s'amorce, historique même, car il s'agit de définir la nouvelle grande orientation que va prendre la science économique dans les années à venir.
Nous irons jusqu'à dire même qu'il s'agit peut-être, dans la perspective où ce dernier réconcilie enfin l'économique et le politique, le citoyen et la Cité, qu'il s'agit peut être du plus grand tournant théorique de tous les temps.
Dans le même temps et comme pour confirmer ce que nous venons de dire, il s'amorce comme une réponse concrète et scientifique avec validation des hypothèses par l'expériences tel que nous l'ont appris nos pères positivistes grâce à l'invention de la "recherche-action" concept tout à fait nouveau mis en pratique par le triangle UMR et dont nous espérons qu'il va en profiter pour réconcilier (enfin) les acteurs-chercheurs de terrain autodidactes et ceux que l'université valide, pour le plus grand bien de la science. Ainsi, le chercheur devient implicitement acteur tandis que l'acteur de terrain finit par lui aussi établir des typologies, des thèses, et présente ces dernières devant des assemblées entières de chercheurs.
C'est en effet une heureuse tournure que prend une science qui se veut ouverte par ce qu'elle concerne chacun de nous directement et dont on a que trop vu les effets pernicieux de l'enfermement intellectuel ces dernières années de laisser-aller citoyen. C'est le grand règne de l'anthropologie moderne et on considérera avec bonheur que c'est cette dernière qui a gagné sur les grands schémas des méthodes issues de la sociologie explicative.
Enfin, en dehors de ces considérations de méthodologie, il s'agit aussi d'évoquer la place des recherches actuelles dans l'historicité malgré le peu de recul que nous pouvons avoir à ce jour : et nous ne pensons pas avoir tort, être de doux rêveurs ou des utopistes, ni encore des enfants capricieux en pensant que cette vague là, à l'appui rappelons le encore des erreurs de notre siècle, en affirmant que aujourd'hui même, la science et la pratique se réconcilient pour donner raison à tous les économiques, chercheurs, savants qui ont lutté, pensé, réfléchi, écrit en faveur de l'avénement de l'ère chrétienne.
A savoir la mise en action du règne de l'homme sur la structure, certains diront la superstructure, d'autres l'Etat dans le sens d'un Etat situé "en dehors des individus" ce qui n'est pas son vrai sens, ce dernier, chose malléable à souhait appartient à tout le monde, c'est "la chose publique", autrement dit "la République".
Enfin, d'autres parleront du capitalisme et du marché oligopolistique, et à chacun d'entre eux les nouvelles orientations encore toute petites mais appelées à se ramifier de la science économique sont appelées à répondre. Certains répondront que ce ne sont pas les scientifiques qui commandent, objection à laquelle nous pourrions rétorquer que ces derniers sont aujourd'hui des hommes de terrain et d'action, de vrais politiques, quoi.
Ou du moins les cotoyent-ils de très près dans leurs recherches. Nous faisons ainsi ici allusion à la proximité avec laquelle les chercheurs économistes sur les monnaies complémentaires étendent font des acteurs de terrain en local de toute une région voire plusieurs leur terrain d'investigation principal dans le cadre du programme de recherche "ARC" mené par l'UMR pour ne citer que ce dernier.
Enfin, le fameux déplacement de la science économique qui s'effectue aujourd'hui entre production et échange et Capital est bien en oeuvre à travers les recherches menées sur les nouvelles économies alternatives, celles de l'économie réelle (nous citerons ainsi les SEL, le troc, le gratuit, les initiatives émanant des associations).
Mais le projet reste malgré tout peu ambitieux. "Il s' agit de savoir si ces "initiatives d'économie populaire " impliquent nécessairement à terme une subversion du système de marché. "L'important au XXI ème siècle, est de rendre possible au sein du capitalisme, s'inspirant du système des réformes révolutionnaires à la André Gorz des "ilôts révolutionnaires" , des îles de coopération dans la solidarité et l'égalité dont le caractère réticulaire pourrait poser la question d'une alternative plus globale" pour citer Jérome Maucourant.
C'est en effet cette question là qui est au centre des préocccupations.
On a envie de dire : et la globalité du marché ? Et de poser la reconnaissance dans le but de faciliter l'action pleine et entière d'un grand marché élargi, lequel ne serait pas circonscrit à l'échange uniquement monétaire, aux production uniquement marchandes.
Ces dernières tout comme "le grand marché" existent déjà. Il ne reste plus qu'à les rendre effectives, à mettre leur activité au grand jour ce qui suppose un travail de fond sur les Valeurs qui sous tendent les modes de vie.Et nos auteurs d'aller encore plus loin dans la réflexion en évoquant pour reprendre notre idée des valeurs, la nécessaire intégration du tissu culturel dans les alternatives de production. Une gageure et même bien davantage pour notre siècle "spirituel" que d'éliminer en même temps que le monde économique change, toute tentative de domination mais également de possession des uns sur les autres grâce aux structures sociales.
Citons : "hiérarchies coutumières, rapports de sexe oppressifs, séparation stricte entre gestionnaires et producteurs". Au centre : l'économie comme le cadre souple et en mouvement perpétuel sur lequel évolue cette société avancée. C'est un terme proprement polanyien, qui fait référence à la théorie du réencastrement*. Derrière lui se profile l'idée d'une future société plus libre, plus vaste, plus tolérante, au sein de laquelle des individus évolueraient libres, égaux en droit, non soumis à la dictature d'un marché tout puissant et de tout cet appareil bien structuré qui jusqu' ici l'a dominé.
Ainsi, comme le disent les auteurs, les dérives du localisme ou encore pour faire référence à notre passé gaulois du règne de la tribu enfermée sur elle même ne concevant ses rapports avec les autres que dans le conflit est remplacé par une "intégration du local au global".
En d'autres termes, les points positifs de la Tribu avec les bienfaits de note évolution historique, n'oublions pas que nous sommes dans une République une et indivisible, ni que nous avons encore besoin de la structure de l'Etat même si la nature de cette dernière est, dans un contexte de libération économique des citoyens, devenue "Notre chose", n'est ce pas là sa vocation première?
Enfin, comme nous l' explique J.Maucourant, il s'agit de ne pas circonscrire ces échanges, et donc l'économie, à la sphère financière, encore faut-il mettre cette dernière dans un contexte plus global qui inclut d'autres formes d'échange.
De là à faire porter l'essentiel de la réflexion économique sur les pratiques individuelles voire sur une analyse psychologique des agents.
C'est ce que propose Margie Mendell. C'est une façon de remettre l'individualimse méthodologique au goût du jour et de tenir compte de la psychologie des individus pour mieux éclairer le choix ou les choix rationnels de l'homo economicus, en tenant compte de leur part d'irrationalité, chose que Keynes est le premier à inaugurer. A ce propos, il convient de tenir compte du texte suivant publié par Denis Collin à propos d'une analyse récente de Marx par John Elste. "John Elster et l'interprétation analytique de Marx".
Ainsi peut-on, en suivant la logique du nouveau paradigme économique consistant à éclairer l'économie sous un jour nouveau, celui de la production et de l'échange en milieu local marqué davantage par la solidarité que par le marché pour tenter de le replacer dans un contexte global. L'ambition est grande, puisqu'il s'agit de faire des "anticipations réelles des agents tenant compte de leur contexte réel incluant la part du psychologique incluse dans l'analyse du relationnel, une analyse macroéconomique".
Comme nous le dit Jérome Maucourant dans son analyse : "la recherche actuelle montre la montée décisive à l' intérieur du capitalisme d'expériences nombreuses contredisant sa logique même". Il y aurait démocratisation de l'économie qui serait source d'innovation. Ne peut on pas renouer avec la logique même de la dynamique économique propre aux théoriciens de l'analyse néoclassique qui se portent principalement sur l'entreprise en évoquant ici la théorie de Joseph Aloys Schumpeter des grappes d'innovation ? Cette solution aurait le mérite d'éclairer la croissance sous un jour nouveau non pas capitaliste mais si on le replace dans le contexte d'une époque, mû par un processus d'évolution naturel tendant vers le règne de l'individu et non plus par la machine.
Encore dit-on l'individu dans son entière nature, et non plus seulement du ménage , pur artefact qui consomme des biens et services marchands tels que le décrit la comptabilité nationale qui calcule notre PIB. Voilà une façon intéressant d'opérer la transition nécessaire et naturelle de notre cycle économique actuel sans rupture, sans fracture traumatisante. De quoi réjouir tous nos économistes. Principalement sur la question de la croissance
Il y a donc bien croissance mais une croissance nouvelle, plus qualitative.
Par ailleurs, pour parler d'individu et cela est très bien intégré dans les cercles de la recherche économique actuelle, on peut aussi de cette manière compléter les théories des économistes du Bien-Etre.
Cela permet enfin, pour répondre à la question de Jérome Maucourant, à propos de Karl Polanyi, de réconcilier marché et Etat. Dans ce cadre, comme nous l'avons montré dans notre ouvrage "RIE, budget et fiscalité", la question du Revenu inconditionnel d'existence se pose comme le chaînon manquant être l'Etat, le marché et les individus. Il comble ainsi une fracture béante.
Par ailleurs, la mesure RIE répond également de façon enfin concrète et motivée sur la question pédagogique.
José Luis Corragio (1) nous éclaire, avec une culture différente, sur la capacité de l'ESS à constituer un nouveau point de départ pour une analyse globalisante de l'économie en évoquant Mauss et sa "république des coopératives" (2) comme support de réflexion décrivant comment un tel système , en tant qu'alternative au capitalisme, peut se mettre en place de manière durable, et constituer le fondement d'une nouvelle forme de politique économique.
Ainsi, comme l'explique Maucourant dans son texte, et comme nous le constatons tous aujourd'hui au sein des réseaux d'expérience d'économie locale, principalement les réseaux français et internationaux de monnaies complémentaires (notamment le réseau national de monnaies complémentaires français formé d'acteurs locaux mais très fréquenté par les chercheurs), il y a possibilité de reprendre notre économie en main de manière tout à fait citoyenne afin qu'un jour les deux paradigmes se rejoignent enfin pour qu'une économie réelle se mette en place.
C'est ce qui a été testé à Cuba et dans les pays socialistes, de manière maladroite, puis, de manière un peu virulente, au Vénézuela, avec un certain succès, il faut bien le reconnaitre et enfin, par les collectifs et réseaux citoyens nombreux, de par le monde, notamment en Amérique du Sud. Ces dernières initiatives fondées dans l'urgence, leur principale motivation étant de lutter d'abord contre la pauvreté, ne paraissent encore que des gouttes d'eau dans l'océan mais elles commencent à prendre progressivement la place qui leur revient tant, dans l'extrême misère qui touche aujourd'hui les pays développés, le capitalisme trouve de moins en moins sa justification.
Jusqu'ici, il a été difficile aux auteurs de la science économique de se démarquer franchement du système capitaliste puisque entièrement impliqués dedans. Ainsi, Marx se construit à la fois par et contre le capitalisme mais il ne peut s'en dissocier; En décrivant les systèmes économiques de l'Antiquité, à une époque où le grand marché et ses bulles financières et ses économies d'échelle n'était pas encore développé Karl Polanyi nous rend à notre nature même qui fait de nous de êtres économiques bien davantage que des homo- économicus rationnels. Chose que, nous le rappelons, John Maynard Keynes avait déjà deviné même si ces conclusions sont encore trop perdues dans l'acceptation sans condition et sans remise en cause du postulat d'un marché tout puissant. Ainsi, a t'il parfaitement montré à quel point la rationalité parfaite pouvait être freinée par l'émergence de comportements irrationnels, l'homo économicus étant souvent partagé entre la perspective d'un bénéfice lointain et celle de la satisfaction immédiate , la chose venant rompre avec l'idée de l'atteinte possible et future d'un équilibre parfait en suivant ce paradigme là. L'autre, celui qui part de l'individu un et multiple et non pas de l'entreprise est certainement bien plus efficient à défaut d'être rentable.
D'où le titre donné par Hillenkamp et Laville à leur "onze thèses pour promouvoir un autre système économique, rationnel depuis la perspective de la reproduction de la vie". Ainsi y aurait des éléments en commun entre la société de marché et celle de non marché, la vie et la reconnaissance d'autrui étant cette fois ci le principal critère : l'appropriation commune des biens publics, le travail, la terre, la monnaie sont des notions qui ont toujours , même à l'apogée du capitalisme coexisté sous deux formes, une forme dite primitive et une forme évoluée. Reste à inverser les termes et faire des formes primitives des formes évoluées en laissant les autres disparaitre comme d'anciennes grappes d'innovation devenues désuètes, non sans en avoir gardé les principaux enseignements et techniques puisqu'elles correspondent à une période de l'évolution de l'humanité que nous ne saurions renier.
Ainsi, il y aurait bien ici une linéarité, une complémentarité nécessaire, une logique d'ensemble entre les deux systèmes et non pas une rupture historique comme certains l'ont cru en 1917 pour ne citer que cet exemple et si Polanyi ne l'a pas vu, c'est qu'à l'époque de la Grande Transformation il était encore trop immergé dans son époque, trop dépourvu de recul sur les choses pour le voir…
Ainsi, la formidable évolution d'un progrès technique maîtrisé et raisonné permet de pourvoir aux besoins nécessaires à notre évolution sans exclure pour autant l'activité, utilisons ce terme plutôt que le terme de "Travail" à moins que ce dernier ne soit rémunéré de manière éthique. C'est ce que permet par exemple le revenu inconditionnel d'existence sur le marché de travail en matière de prix du travail (salaires). En rendant l'offre de travail moins importante , il le rend rare et donc plus cher. C'est le mythe du balayeur de rue payé grassement pour la pénibilité de son travail qui est ici enfin réalisé. C'est une des conséquences de la mise en place du RIE que j'ai voulu montrer dans "revenu inconditionnel d'existence, budget et fiscalité".
Contrairement à ce que j'explique, la logique du RIE échappe complètement à la dimension de politique autoritaire puisque elle se fonde sur un respect intangible et sans faille du principe d'égalité alors que les autres politiques redistributives menées jusqu'ici, avaient pour principe l'attribution autoritaire de critères censés ouvrir les droits à une allocation ou à un revenu.
Dès lors qu'une politique d'envergure nationale se met en place sans discrimination aucune , sans arbitraire (pourquoi pas votée par referendum, une ouverture vers la démocratie populaire, il s'agit bien, après tout, d'une réforme relatives à la politique économique, sociale ou environnementale (article 11, constitution de 1958)), pourquoi ne pas envisager que celle ci puisse rejoindre dans une parfaite harmonie les réseaux citoyens d'économie solidaire que Karl Polanyi appelle les "réseaux de réciprocité", formes antiques, primitives mais éternelles d'entraide sociale, de coopération et de mutualisation qui se jouent au niveau local et font ce que l'on appelle des sociétés évoluées, loin de la loi de la jungle.
Nous sommes entièrement d'accord avec Jean Michel Servet (3), lorsqu'il évoque à la fois la complémentarité nécessaire entre réseaux de réciprocité, échanges marchands et redistribution, à elles trois, ces formes d'échange constituent bel et bien le nouveau paradigme qui permet d'échapper à la domination et à l'exploitation et aide à la grande réconciliation, voire, à la fusion nécessaire entre l'Homme et l'Etat.
A condition, que ces trois dimensions s'autorégulent lorsque le cas est nécessaire. Par exemple, en empêchant la formation d'une concurrence de type monopolistique ou oligopolistique, ou encore en obligeant la structure d'Etat à intervenir lorsque cela est nécessaire. Notre civilisation étant à mon avis encore trop jeune pour que l'on puisse encore se passer totalement de ce dernier.
Trop jeune ? Je veux dire que dans l'évolution du droit, nous sommes encore dans une phase où ce dernier n'a pas encore suffisamment marqué les esprits pour que l'éducation à la Paix (je me réfère ici à Maria Montessori, notamment à son livre l'Education à la Paix) ne porte encore ses fruits en termes d'autorégulation d'une société, même si nous sommes dans la bonne voie maintenant que nous avons compris que le choses sont faites pour se transformer et mûrir avec lenteur , c'est le cas de notre société, sans rupture ni destruction.
Il y a là des enjeux terribles, parmi lesquels celui, fondamental, du degré de liberté à obtenir dans un contexte où plus que jamais, la nécessaire réciprocité entraine une interdépendance entre les parties, c'est à dire dans un contexte d'économie réelle, les êtres humains. Dans ce cadre là, on risque, en plus du problème classique de la rareté, de se poser la question dans un contexte d'économie de l'abondance possible sur le plan des ressources mais moins plausible, si l'on se fonde sur le critère d'égalité pour tous, de l'arbitraire. Qui va en effet décider de l'allocation des ressources et du partage des richesses ? Comment chaque individu, dans un contexte où la réciprocité (et nous y englobons aussi bien l'échange équitable marchand que le troc), dépend du bon vouloir de chacun. Et celui qui ne plait pas aux autres, et celui qui est autiste ou n'a pas envie d'aller vers l'autre ?
C'est un peu ce que Jean Michel Servet sous-entend, lorsqu'il évoque sa théorie. Cela dit, nous sommes d'accord avec l'auteur pour distinguer le don (même celui de la Nature) mis à jour par Mauss et la réciprocité en matière de typologie, même s'il va falloir être particulièrement aigus dans notre façon de penser cette différence et reconnaître que le don en soi, même si c'est une forme peu prise en compte jusque là, est lui aussi une forme de réciprocité (lorsque la nature offre gratuitement ses ressources, nous avons envie de la protéger, c'est un processus naturel. On rend toujours ce que l'on doit).
Justement en matière de nature, on en revient, en suivant le fil de la pensée de Jérome Maucourant à la notion de marché. Certains comme nous le dit Maucourant ont préféré des formes de socialisme autogérées induisant une forte intervention de l'Etat.
C'est le cas par exemple de Polanyi. Ce serait donner à l'Etat ("Die Commune", pour les adeptes de cette formule autogérée) une forme trop prépondérante. Mieux vaut lui préférer une régulation par le marché privilégiant l'échange avec, pourquoi pas, de la réciprocité, et montrer que les formes d'économie arbitrairement imposées tout comme le marché tout seul avec l'entreprise au centre, sans la réciprocité, sont de grandes utopies (1) .
Ainsi, en situation de concurrence pure et parfaite, le marché peut il être réellement libérateur comme nous le dit Laurence Fontaine qui, elle malheureusement, s'attache au marché traditionnel et a donc une vision erronée des priorités à donner en matière économique. Ce n'est pas le marché qui prime, mais l'économique.
Donc reprenons : le don, le gratuit (Maussien) qui ne peut se jouer qu'en situation d'abondance, donc de concurrence pure et parfaite, la réciprocité (le troc, l'échange) (éthique, équité), 'échange marchand enfin. (un cinquième ; l'associatif). Mettre ma typologie.
Evoquant Isabelle Hillenkamp, Jérome Maucourant évoque l'idée d'une quatrième sphère de production et d'échange qui vient compléter notre idée d'un marché élargi : la sphère domestique, ce que Hillenkamp appelle "The Householding" et nous sommes d'accord avec elle pour dire qu'il s'agit de la quatrième forme d'intégration (de l'économie à la Gemeinschaft). Cela suppose "un retour à l'identité de groupe comme modèle institutionnel" (non pas forcément faillite mais quelque chose entre le Ménage, unité institutionnelle et la cellule familiale. entre la dénomination complètement anonyme et la vie privée.
Cela s'entend bien sûr d'une sphère économique non pas prédéterminée à l'avance et témoignant d'un certain arbitraire dans la liberté des choix de vie et même s'il y a déplacement de la notion de sphère domestique dans le sens proprement juridique il y a bien ici importance de cette dernière dans la production et l'échange économique.
Donc reprenons : il y aurait en plus du marché considéré jusqu'ici par consensus comme la seule et unique expression d'une activité économique , d'autres formes d'échange et de production qui constitueraient chacune des sous-ensembles plus ou moins ancrées dans le temps. Pour ma part, c'est ce que je développe dans mon ouvrage "la communauté économique locale, la revanche de la commune" je distingue les types de production et d'échange suivants :
-La sphère marchande.
-La sphère semi-marchande (biens et services associatifs ou encore biens et services produits par les administrations mais payants).
-La sphère non marchande (biens et services produits par les administrations non payants, gratuit, troc, don).
Mais comment s'y retrouver et mesurer votre économie réelle à travers cet amoncellement d'initiatives ?
Et c'est toute la force du système polanyien en tant que précurseur d'une nouvelle façon de concevoir l'économie que d'en tenir (enfin) compte.
Ainsi replace t'on l'économie à sa juste place, celle des individu, c'est pourquoi Polanyi parle de réencastrement.
L'économie du local au global fonctionne non pas comme un grand système qui essayerait tant bien que mal de coller aux individus mais comme un système elliptique partant de chaque individu dans sa singularité et allant dans un système fonctionnant du plus petit au plus grand. D'abord l'individu, puis le foyer formé de membres familiaux, d'amis , de connaissance s (parents, amis , relations) puis par la tribu, le village, la ville, le réseau de villes, la région, le territoire national puis enfin, le territoire international. On en revient au vieil adage tribal : "mon frère avant mon cousin, avant mon voisin avant l'étranger" qui ressort dans toutes les tribus ancestrales gauloises, celte ou africaines pour ne citer qu'elles. Il en va de même en matière d'évolution du politique, c'est non pas à grand échelon qu'il faut raisonner mais sur une échelle qui va du plus petit au plus grand pour appréhender le mieux possible la valeur et l'efficience de la démocratie.
Comment chiffrer ces valeurs économiques, cette création de valeur ajoutée supplémentaire qui est située en dehors des normes habituelles ? Nous voulons dire, comptabilisée dans le PIB ?
Il faudrait organiser une stratégie afin de comptabiliser la valeur ajoutée crée. Pourquoi pas en réalisant des enquêtes sur le terrain, en demandant à des échantillons de population de mettre sur le papier les tâche effectuées, les travaux réalisés, les heures de travail faites en dehors du temps de travail rémunéré ? Après tout, l'heure de travail n'est elle pas la base de la comptabilisation de la richesse crée ?
Même chose pour les associations . Ces dernières ne pourraient elles pas tenir un cahier des charges sur lequel elles comptabiliseraient ce qu'elles ontcrée en matière de richesses, le nombre d'heures de leurs bénévoles, de même que les systèmes d'échange locaux, les réseaux d'échange et de troc, les réseaux internet de covoiturage, coworking, colocation coopération ?
Pour en revenir à l'économie domestique cette dernière fait déjà l'objet d'études sur son impact dans la situation économique des ménages non seulement par l'aide apportée par les plus âgés aux plus jeunes dans un contexte macro-économique de chômage mais également parce que comme nous le dit l'auteur il y a ainsi un lien profond qui se forme via les formes familiales entre le rural et l'urbain un lien complémentaire que ne font que renforcer aujourd'hui les nouvelles pratiques, nouveaux échanges et nouveaux liens issus de la rurbanité. (notamment, l'auteur nous parle des lieux d'une petite agriculture de subsistance dans les villes ce qui est la tendance actuelle).
L'idée est intéressante, elle fait appel aux pratiques actuelles qui visent à faire "entrer la campagne dans la ville" et "la ville dans la campagne", elle s'attache aux relations d'amitié et de fraternité qui unissent les individus au delà de leurs différences, à travers par exemple, le fait associatif..
Ce que l'on pourrait reprocher aux tenants d'une économie qui part avant tout de l'individu et donc de la sphère domestique, c'est d'abord et avant tout le fait que cette dernière n'est là tout comme les autres formes de réciprocité , de production et d'échange non marchand ou semi marchand si l'on reprend ma typologie, c'est d'abord que ces dernières ne font pas autre chose que pallier aux insuffisances de notre système économique global. Or, pour bien faire les choses, il faudrait renverser comme je le dis dans "la CEL, la revanche de la commune" renverser la commune par les pieds et opérer un phénomène de réencastrement de la production et de l'échange en commençant du plus petit au plus grand. Dans ce contexte là, l'économie marchande finirait par ne fonctionner que en fonction de ce qui est en dessous et elle même finirait par être en harmonie avec le reste de la production et de l'échange. Ce n'est que dans ce contexte là que le fameux "laisser faire, laisser passer" peut prendre tout son sens , quand il a en son centre, non pas uniquement l'entreprise mais la communauté toute entière avec pour unique point central, l'individu. De là mettre fin effectivement à la domination, sauf, et c'est là que le bât blesse dans le cadre domestique où à encore, il faut bien le reconnaitre nous vans du mal à mettre fin à toute les dominations notamment liées au sexe qui se sont mises en place au fil du temps. Bien faire fonctionner le système d'économie réencastrée saine, ans domination ou effet pervers dans un contexte d'économie qui libère l'individu de ses entraves suppose bien en effet être dans une société évoluée ce qui n'est pas le cas de partout, même chez nous.
Cependant, on peut relativiser cette observation en tenant compte de l'évolution des mentalités et des valeurs sociales. Une évolution qui se traduit concrètement par l'évolution du droit. Ce dernier donne notamment à voir lors de cette dernière décennie de nombreuses innovations, notamment en matière de droit du père et de reconnaissance de ce dernier. On citera par exemple le congé parental d'éducation (loi du 10 aout 2001, réforme du 21 janvier 2014), valable sans distinction de genre et les jours d'arrêt pour naissance (article 122.25.4 du code du travail).
Sur le plan statistique, les nouvelles générations intègrent de plus en plus l'égalité stricte, et le partage traditionnel entre travail domestique et travail à l'extérieur est de moins en moins évident. C'est d'ailleurs même de plus en plus l'homme qui prend en charge l'essentiel du travail familial pour que la femme hisse faire évoluer sa carrière souvent lorsque le calcul coût-avantage en termes de revenus est plus favorable au foyer.
Ce n'et donc plus le genre qui conditionne les rôles de chacun mais d'autres paramètres qui entrent en jeu.
On peut d'ores et déjà énoncer ici la chose suivante. L'économie réencastrée, sans effet pervers et la situation effective de concurrence pure et parfaite ne peut intervenir qu'à une condition : dans une société évoluée où les droits de chacun sont respectés, sans distorsion ou couts de transaction liées à de prises d'intérêt sinon illégales, du moins illégitimes. Seul le droit, fabriqué par des citoyens éctifs épris de chose publique et ses représentants et son application sans peut ouvrir les ports de l'économie de l'abondance et en faire le norme qui s'impose. On pourrait ici s'attarder sur la théorie du double mouvement de Karl Polanyi : Un état, une économie officielle, d'Etat qui distribue les parts d'un gâteau, et de l'autre côté, une économie souterraine , entre usagers et citoyens, qui tente de produire et de partager de la richesse en suivant les lois de la solidarité. Mais c'est ici donner une bien faible importance au paradigme économique qui veut que la création de richesse soit infini et le partage, naturel.
jeudi 18 juin 2015
Article à écrire sur l'opposition entre une rente de monopole et les deux rentes positives, créatrices de richesse durable que sont les rentes de capital et d'agglomération. Normalement, les deux dernières devraient à terme supplanter la première. L'avancée de la théorie économique progresse : quand l"'analyse par le territoire et le développement durable supplantera t'elle celle macroéconomique par la modélisation des profits sur les marchés ?
La rente d'agglomération est une notion développée depuis longtemps par les auteurs de la géographie économique : Krugman, Fujita, Mori (années 90), à la lumière des géographes.
Elle désigne l'ensemble des effets liés aux externalités positives
suscitées par l'extension des pôles de densité urbaine et économique
importants.
La rente de capital est une notion qui a été élaborée par moi, dans le cadre de mes recherches sur la liberté d'entreprendre, elle met en valeur la petite entreprise installée sur un territoire donné et prend en compte tous les paramètres de ce dernier, ainsi que tous les effets positifs (externalités) que cette entreprise apporte sur le même territoire, sans remettre en cause les échanges internationaux. Ce n'est pas du protectionnisme c'est de l'esprit pratique. Normal : l'élaboration de cette notion et de sa définition me vient de l'étude du fonctionnement de l'exploitation article, puisque j'enseigne depuis vingt ans, l'économie dans ce milieu là.
Tout comme John Kenneth Galbraith qui venant d'un milieu agricole avait lui aussi un esprit pratique notamment lorsqu'il fustige les industries d'armement.
Pour en revenir à nos moutons, il convient de ne pas abandonner le raisonnement en termes macroéconomiques, certes, mais de recentrer ce dernier et en le rapprochant d'un mode de raisonnement microéconomique (qui s'intéresse aux acteurs économiques et à leur fonctionnement d emanière poussée), se servir sans complexes du terme de mésoéconomie (le terme est cette fois-ci de Mlle Farge, lyonnaise auteur d'une thèse sur les monnaies complémentaires).
A compléter.
La révolte des Canuts.
La vraie devise des Canuts est "Vivre libre ou mourir" élaborée en 1789, date ou le principe de Liberté resurgit comme principal leitmotiv qui se traduira constitutionnellement ainsi que dans la déclaration de 1789.
Mais on ne remet pas en cause 2000 ans de domination économique (sur 8000 ans de coopération).
On retrouve ainsi, dès 1841, chez les Canuts et leur devise, cette soumission à un ordre social rigide et préetabli, ne prenant pas en compte l'individu qui se sert alors de la retranscription en deux ordres sociaux : les gens d'arme et le tiers-Etat soit pauvres et travailleurs et nobles combattant se sacrifiant ensemble afin de faire fonctionner la perpétuation du Royaume de France. Ainsi dans la devise "Vivre en travaillant ou mourir en combattant" est-on confronté à nouveau au choix drastique qui se pose à tout français de sexe masculin en 1914 : travailler ou aller sur le front, d'ailleurs il n'avait souvent pas le choix, après que la fonction de se battre pour défendre son pays se soit déplacée d'un ordre : la noblesse à un autre.
Cette dernière ayant perdu sa vocation après 1789, s'étant mal relevée de l'affront subi, laissant la place à d'autres gens, d'autres privilégiés sous l'empire et la restauration, a tout donné aux pauvres poilus...Serait-ce une manière détournée de se venger des sans-culottes ?
Le sens du sacrifice et de l'obéissance à des dieux tutélaires n'est en effet pas encore sorti de l'inconscient collectif français, on ne se remet pas comme cela de 2000 ans de domination économique sous l'égide de l'Eglise, ni de près de 600 ans de colonisation romaine.
Cela, Karl Marx ne l'avait pas encore perçu peut être. Aussi doit on en revenir aux bases même de l'Internationale. Il faut partir de la liberté de l'individu tout seul...
De là à dire que les Canuts était une révolte conservatrice...
Revue Hérodote .net.
22 novembre 1831
La révolte des canuts de Lyon
Par Fabienne Manière.
Le 22 novembre 1831 éclate sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon, la révolte des canuts. La révolte se propage dans tous les quartiers ouvriers de la métropole. Les insurgés prennent pour emblème le drapeau noir et la devise : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».
Fabienne Manière
Victimes du progrès technique
À Lyon, les canuts, dont le nom vient du mot canette, ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons négociants) qui leur fournissent la matière première et récupèrent le produit fini. Ils sont environ 6000 artisans et emploient 30.000 compagnons.
Le revenu des uns et des autres, 18 sous environ pour quinze heures de travail par jour, ne permet qu'une vie de misère. Du fait de métiers à tisser beaucoup plus productifs qu'auparavant, comme le métier Jacquard, et en dépit d'une demande soutenue, ce revenu est deux fois moindre que sous le Premier Empire !
Les canuts font appel au préfet du département, Louis Bouvier-Dumolart, et obtiennent qu'une commission paritaire fixe un tarif minimum. Le préfet fait ensuite afficher dans la ville la déclaration suivante : « Si par exception quelques ouvriers honnêtes ont encore des griefs à faire redresser, les voies légitimes leur sont ouvertes, et ils sont assurés d'y trouver une bienveillante justice ». Mais en recevant les délégués ouvriers, il a enfreint la loi Le Chapelier (1791) qui interdit les associations ouvrières et cela lui vaut d'être désavoué par Paris.
Patrons réfractaires aux concessions
Plus gravement, certains soyeux refusent d'appliquer le tarif minimum
en prétextant comme de coutume de la concurrence internationale et des
contraintes du marché. Les canuts, en colère, se mettent en grève. Le 19
novembre 1831, au cœur de la Croix-Rousse, ils font face à la garde
nationale. Des coups de feu claquent. La révolte gronde.Deux jours plus tard, les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon après quelques combats avec les forces de l'ordre. On compte une centaine de morts. Maîtres de la deuxième ville de France mais ne sachant que faire de leur victoire, les canuts et la garde nationale, qui s'est finalement ralliée à eux, constituent un comité insurrectionnel pour se donner le temps de réfléchir. Ils s'abstiennent soigneusement de tout pillage.
Voilà le roi Louis-Philippe 1er confronté à sa première révolte sociale à peine plus d'un an après son accession au pouvoir. Le Président du Conseil Casimir Perier, par-dessus tout soucieux d'ordre, envoie 20.000 soldats sous les ordres du maréchal Soult aux portes de Lyon. Ils attendent patiemment que les insurgés se lassent.
Enfin, le 5 décembre 1831, les troupes peuvent entrer dans la ville sans effusion de sang. La garde nationale est désarmée et dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet, jugé trop conciliant, révoqué. Une dizaine de canuts seulement sont traduits en justice... et bientôt acquittés.
Frayeur dans les salons
Dans le Journal des débats, le 8 décembre 1831, Saint Marc Girardin, conseiller d'État, exprime la frayeur des classes possédantes face à la révolte des canuts, si nouvelle dans son principe : « La sédition de Lyon de 1831 a révélé un grave secret, celui de la lutte intestine qui a lieu dans la société entre la classe qui possède et celle qui ne possède pas.. Notre société commerciale et industrielle a sa plaie comme toutes les autres sociétés ; cette plaie, ce sont les ouvriers. Point de fabrique sans ouvriers, et avec une population d'ouvriers toujours croissante et toujours nécessiteuse, point de repos pour la société [...].
Les barbares qui menacent la Société ne sont point au Caucase ; ils sont dans les faubourgs de nos villes manufacturières ».
On compte environ 600 morts et 10.000 arrestations au cours de la « Sanglante semaine » du 9 au 15 avril 1834. La répression rassure les possédants sur la détermination du gouvernement à les protéger contre les barbares des faubourgs. C'est un prélude à la « Semaine sanglante » de 1871 par laquelle le même Thiers mettra un terme à la Commune de Paris.
Ou encore : cliquer sur le lien suivant : http://rebellyon.info/21-novembre-1831-debut-de-la-revolte-des.html
samedi 9 août 2014
Le modèle économique indien : de l'essentiel à l'universel. un article de Bernard Duterme.
Voilà un article qui renforce une fois de plus notre théorie du "Développement universel". Cette fois-ci, il traite des indiens d'Amérique, notamment au sud, plus particulièrement des zapatistes et montre que le nouveau paradigme économique à venir est international.
A lire avec attention.
nos commentaires.
La teneur de cet article correspond très bien à notre conception d'une "nouvelle mondialisation " et d'un "nouvel alignement" tel que nous le défendons chez Respublica, avec entre autres des blogs comme "projet Canut", le blog du petit propriétaire de ses opens de production, créateur de richesse, libre et égal en droit. Les Indien Chiapas, zapatistes, comme d'autres acteurs et collectifs locaux, ou encore les tribus africaines, devraient aller rejoindre les grandes puissances non encore développées économiquement comme la Russie ou encore, la Chine et les Etats-Unis afin de leur enseigner l'économie réelle et la démocratie locale. C'est défendre une vraie définition du développement économique et social qui commence d'abord par l'humain. C'est ce qui définit une politique de civilisation. Des articles de cette teneur sont à lire de manière bien plus urgente que les précis d'économie publiés par les grandes maisons d'édition spécialisées pour passer ensuite sans tarder, avec courage, à l'action Politique à proprement parler.
Noura Mebtouche.
Mondialisation et coopération au développement : le prisme du Chiapas
par Bernard Duterme
(2001)
Dans le monde de la coopération internationale au développement comme ailleurs, il y a déjà quelques années que le thème rabâché de la mondialisation occupe le devant de la scène. Pour le meilleur et son contraire. Synonyme d’échange, d’ouverture et d’enrichissement mutuel, elle est vénérée. Assimilée à un rouleau compresseur uniformisateur, à un phénomène incontrôlable, facteur d’exclusion, elle est stigmatisée. On l’a répété, la mondialisation n’est pas née de la dernière pluie. Les hommes, les idées, les biens et les services n’ont pas attendu la flamme rouge du deuxième millénaire pour se répandre dans le monde entier. Tout au plus la mondialisation connaît-elle aujourd’hui, développement technologique et dérégulation des marchés aidant, une irréversible accélération. Avec ses conséquences positives et négatives, ses promoteurs et ses adversaires, ses bénéficiaires et ses victimes, ses exploits et ses outrages... Est-ce à dire que ses effets s’annulent, qu’on a affaire là, finalement, à une opération blanche, certes spectaculaire mais somme toute assez neutre ? Ce serait aller vite en besogne.
Partons de situations concrètes. S’il y a « mondialisation », il y a donc du « mondialisé », des continents, des régions, des pays mondialisés, certains d’ailleurs qui le sont même plus que d’autres. La coopération internationale au développement - qui, par définition, n’est jamais qu’une des expressions de la mondialisation - connaît bien ces endroits qu’elle participe, avec d’autres disciplines, à placer au centre du « village global », sous les feux des projecteurs de la communauté internationale. Le cas du Mexique est exemplaire. Pont suspendu entre le Nord et le Sud, terre-plein entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique, le Mexique multiplie les entre-deux géographiques, culturels, économiques, sociaux et politiques, qui font de ses terres le laboratoire de bien des enjeux mondiaux contemporains. Rapports nord-sud, ouverture économique et crispation politique, globalisation et respect des identités particulières, néolibéralisme et dualisation sociale, anomie et participation, agriculture de subsistance et agro-industrie d’exportation, régionalisation et protectionnisme, délocalisation et fermeture des frontières..., l’avenir du pays intéresse à plus d’un titre.
Un territoire et des sous-sols riches d’eau, de bois, de biodiversité, d’élevage et de pétrole. Des temples protestants au succès grandissant. Des temples du fast-food au succès confirmé. Des organisations non gouvernementales, mexicaines ou étrangères, d’aide humanitaire, de coopération au développement, de solidarité avec les paysans, avec les Indiens, avec les femmes du Chiapas, exclues d’entre les exclus... Des camps de réfugiés guatémaltèques installés dans le provisoire depuis vingt ans et qui ne rentreront plus. Des clandestins centraméricains engagés dans des périples à hauts risques vers les États-Unis et qui n’arriveront pas. De la drogue en culture, en vente ou en partance vers d’autres destinations. Une rébellion indigène originale dont les communiqués poético-vindicatifs font le tour du monde et dont les idéaux démocratico-zapatistes attirent une constellation de touristes politiques... De l’espagnol, du spanish , de l’anglais et encore un peu de tzotzil ou de tojolabal. Des autochtones incultes mais acculturés, de l’artisanat tipico et des tee-shirts sans frontières, du Pepsi , du Coca et du Posh [1], des casernes fédérales de militaires surarmés sur fond de paysages somptueux, des programmes de télévision mis en boîte à Miami, des syncrétismes déroutant et des ethno-anthropologues déroutés, du particulier, du cosmopolite, du maïs en masse et des hamburgers en guerre, de l’archaïque et du postmoderne, des pyramides mayas et de l’universel...
A n’en point douter, le Chiapas est bel et bien au centre du monde. Tant sur le plan économique que politique et culturel. Ses produits se répandent sur le monde et le monde se répand sur son territoire. A l’évidence, au-delà des opportunités qu’elle a pu créer, la mondialisation s’y est faite corollaire ou plutôt alliée d’un système économique et politique excluant. Un système qui a sans doute évolué au fil des siècles mais qui n’a jamais connu de véritables remises en cause des rapports de force qui structurent la société chiapanèque depuis son entrée au monde il y a quelque cinq cents ans. Un système qui tire aujourd’hui sa logique de tendances lourdes, à l’oeuvre à l’échelle du monde...
Le contre-modèle, c’est l’actuel modèle de développement économique du Chiapas. Un modèle qui considère le gros de la population locale comme une main-d’oeuvre taillable et corvéable à merci, et qui tient l’établissement dans la région de nouvelles entreprises à capitaux étrangers, où les normes minimales en matière sociale et environnementale ne sont pas respectées, pour la voie du salut économique. Le contre-modèle, c’est celui de la marchandisation de la nature et de la culture, qui a fait du Chiapas et de ses habitants indigènes le décor d’un vaste complexe touristique, la réserve énergétique du reste du pays et le terrain d’un pillage organisé au profit du plus offrant. Le contre-modèle, c’est celui de la généralisation de l’agro-exportation au détriment des cultures vivrières, celui de l’uniformisation culturelle au détriment des identités particulières, celui de la dérégulation des marchés et de la concentration du pouvoir au sein de quelques multinationales, celui de l’accroissement des inégalités [2]... Le contre-modèle, c’est celui d’un Chiapas mondialisé où la majorité de la population n’a pas la maîtrise de son propre destin, où elle demeure l’objet de décisions prises ailleurs.
Le modèle de la coopération internationale au développement, en revanche, pourrait être celui proposé aujourd’hui par les indigènes eux-mêmes, ou, pour le moins, par une forte composante du monde maya chiapanèque. Non pas, comme on pourrait le redouter, un modèle frileux de repli sur soi, une apologie d’un mythique âge d’or autarcique, un appel fondamentaliste à une authenticité première ou à la fragmentation identitaire du Mexique... mais bien le modèle d’« un monde où, selon l’une de leurs citations les plus reprises,il y aurait de la place pour tous les mondes. » L’utopie des Indiens du Chiapas d’apparence ingénue n’est pourtant ni isolée ni fortuite. La « néo-libéralisation » des sociétés latino-américaines a ouvert des espaces, monopolisés jusqu’il y a peu par des États forts. L’acteur indigène entend bien s’y manifester, défiant ainsi le climat de décomposition sociale qui tend à prévaloir. Objectif : la mise à l’ordre du jour de l’existence politique, culturelle et sociale de multiples résistances indiennes, aux quatre coins du continent. La rébellion zapatiste du Chiapas est l’une d’elles, probablement la plus en vue. Si la justice sociale reste l’étoile à atteindre, sa quête repose désormais sur la responsabilisation du pouvoir, la reconnaissance des diversités et la revalorisation de la démocratie. Si l’on s’éloigne du modèle des guérillas révolutionnaires traditionnelles, on est loin aussi des guerres messianiques, à la violence définitive, sans réserve et sans retour, des Mayas d’hier. Identitaires, les zapatistes d’aujourd’hui sont aussi démocrates et soumettent à discussion leurs idéaux multiples et divisibles...
A l’occasion d’échanges répétés avec un flot de visiteurs de tous bords, mexicains et étrangers, les rebelles indiens ont esquissé leurs aspirations : autonomie sans séparation, intégration sans assimilation... A la déferlante uniformisatrice de la mondialisation et à l’indigénisme intégrationiste des autorités nationales, les zapatistes du Chiapas répondent par un indianisme respectueux des identités. « Etre reconnus égaux et différents, Mexicains et Indiens dans une démocratie plurielle qui sache faire l’unité dans la diversité. » Défi universel, s’il en est.
Aux acteurs de la coopération au développement qui leur demandent ce dont ils ont besoin, les Indiens mayas renvoient la balle : « Regardez chez vous. Nos problèmes sont les vôtres. Sortez de vos schémas paternalistes. La mondialisation de la solidarité est à construire ensemble. » Iconoclaste, la repartie fait mouche. « Les gens intéressés par les Indiens du Chiapas devraient l’être plus par intérêt propre, renchérit le sociologue français Yvon Le Bot manifestement séduit par l’invite. Ils le sont encore trop par charité chrétienne, par compassion pour les victimes. Le zapatisme, c’est la volonté de rompre avec ce type de solidarité à sens unique. La solidarité doit être réciproque. La meilleure manière d’être solidaires avec les indigènes chiapanèques, c’est d’affirmer la même logique qu’eux, ici, chez nous. L’orientation zapatiste et les problèmes autour desquels elle s’articule sont des problèmes que nous partageons ici. La question centrale en Belgique, quelle est-elle ? Comment vivre ensemble avec nos différences ? Autrement dit : l’identité et la démocratie, les deux pôles mis en avant par les Indiens du sud-est mexicain. » [3]
On l’aura compris, l’articulation sur le plan international de la rébellion du Chiapas - ou de toute autre résistance sociale, culturelle et politique - avec d’autre groupes, d’autres acteurs sociaux mobilisés en fonction de leurs propres intérêts sur des problématiques communes devrait se profiler comme l’un des défis des prochaines années au sein du monde de la coopération au développement. Une coopération au développement respectueuse des dynamiques locales, fédératrice de sociétés civiles et soucieuse de porter sur le plan politique les revendications de ses acteurs...
On n’en est pas encore là ! Séduisante, la consécration du modèle de développement proposé par les Indiens du Chiapas attribue évidemment beaucoup de vertus à une rébellion qui, si elle multiplie les originalités « théoriques », peut révéler un réel plus trivial, une fois abordée empiriquement. L’idéalisation abusive d’une action inédite qui concilierait lien communautaire, autonomie individuelle, solidarité sociale et exigence d’universalité - et qui inviterait ses partenaires du monde entier à la rejoindre - ne résiste pas toujours à l’analyse de la réalité et aux rapports de force qui la traversent. Bien des menaces pèsent aujourd’hui sur le mouvement des Indiens chiapanèques. Bien des écueils sont encore à évités. Encerclée, neutralisée, divisée, la rébellion pourrait se raidir et répondre à l’étouffement par la fuite en avant et la violence ; donner raison à ceux qui en son sein rêvent de souveraineté maya et repoussent l’étranger, ou à l’inverse, laisser libre cours à ses fondements révolutionnaires internationalistes quitte à diluer son enracinement, se cantonner dans l’esthétisme ou le cosmopolistisme quitte à sombrer dans l’inconsistance. L’équilibre est fragile et circonstanciel. Tout n’est pas joué.
Il revient aux acteurs non gouvernementaux eux-mêmes, du Nord comme du Sud, d’exiger de leurs autorités nationales mais aussi des instances publiques internationales, qu’elles créent les conditions structurelles propices à « la mondialisation de la solidarité » [4]. Ce processus, ambitieuse opération de résistance face à« la généralisation d’une logique économiciste excluante et destructrice », se structure dans les faits autour de quelques grands axes mobilisateurs : le renforcement et la convergence des mouvements populaires anticapitalistes, la défense des droits humains, culturels, politiques et sociaux, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable et aux services sanitaires de base, la promotion de relations équitables entre les hommes et les femmes, la protection de l’environnement, les échanges culturels, le renforcement des capacités d’action citoyennes, etc. « Ce n’est que sur la base d’intérêts communs et d’un engagement solidaire que nous pourrons nous rapprocher de l’objectif d’un monde bâti sur la justice, l’égalité, la démocratie et la liberté », proclament les ONG. Aujourd’hui, au Forum social mondial de Porto Alegre et ailleurs, une multitude d’entre elles, de tous les coins de la terre, s’entendent pour revendiquer l’instauration de mécanismes démocratiques visant au contrôle et à la transparence des institutions financières internationales et à la régulation des marchés mondiaux... preuve, s’il en était encore besoin, que le champ d’action et de compétence du monde bouillonnant des ONG de développement est désormais, lui aussi, sans frontières.
En définitive, pour la plupart des acteurs de la coopération au développement comme pour les Indiens mayas du sud-est mexicain, postulats et conclusions coïncident. Pour que la mondialisation ne soit pas interprétée par les deux tiers de l’humanité comme la libre expansion d’un modèle de développement inéquitable ou, sur le plan politico-militaire, comme un blanc-seing aux interventions à géométrie variable des grandes puissances, il faudra qu’elle s’accompagne d’indispensables corollaires : la solidarité, la justice dans les relations internationales, le respect des différences et la recherche de l’équité dans la redistribution des ressources. Vaste programme ! Les souhaits désormais affichés par le tout-puissant Fonds monétaire international d’« humaniser la mondialisation » pourront-ils y répondre ? Ou est-ce la logique même de l’actuelle mondialisation qui est à revoir ? Poser la question parmi les acteurs de la coopération actifs au Chiapas, c’est y répondre.
Partons de situations concrètes. S’il y a « mondialisation », il y a donc du « mondialisé », des continents, des régions, des pays mondialisés, certains d’ailleurs qui le sont même plus que d’autres. La coopération internationale au développement - qui, par définition, n’est jamais qu’une des expressions de la mondialisation - connaît bien ces endroits qu’elle participe, avec d’autres disciplines, à placer au centre du « village global », sous les feux des projecteurs de la communauté internationale. Le cas du Mexique est exemplaire. Pont suspendu entre le Nord et le Sud, terre-plein entre l’océan Pacifique et l’océan Atlantique, le Mexique multiplie les entre-deux géographiques, culturels, économiques, sociaux et politiques, qui font de ses terres le laboratoire de bien des enjeux mondiaux contemporains. Rapports nord-sud, ouverture économique et crispation politique, globalisation et respect des identités particulières, néolibéralisme et dualisation sociale, anomie et participation, agriculture de subsistance et agro-industrie d’exportation, régionalisation et protectionnisme, délocalisation et fermeture des frontières..., l’avenir du pays intéresse à plus d’un titre.
1. Chiapas, nombril du monde
Plus précisément encore, au fin fond du Mexique, à la frontière guatémaltèque, l’État du Chiapas s’est lui aussi fait un nom sur la scène internationale. Son entrée au monde ne date d’ailleurs pas d’hier. Région certes reculée, on s’y sent nombril du globe, pas moins qu’au pied de la tour Eiffel, pas plus que sur les trottoirs de Wall Street. Qu’y trouve-t-on ? Qui rencontre-t-on ? Des milliers de gosses aux pieds nus et à la peau basanée qui tannent des milliers de touristes aux pieds nickelés et à la peau rougie. Une population majoritairement pauvre, à dominante indienne maya dans l’est de l’État et ladina ailleurs ; une population qui survit misérablement d’une terre surfragmentée et souvent épuisée, d’un fragile secteur informel urbain ou encore d’un salariat, proche du servage, concédé dans les grandes exploitations. Une oligarchie locale assoupie depuis l’époque espagnole sur ses monopoles agricoles, commerciaux et politiques. Des églises catholiques à l’architecture coloniale, des entreprises multinationales aux structures néo-coloniales. Des investisseurs asiatiques, nord-américains et une main-d’oeuvre locale bon marché.Un territoire et des sous-sols riches d’eau, de bois, de biodiversité, d’élevage et de pétrole. Des temples protestants au succès grandissant. Des temples du fast-food au succès confirmé. Des organisations non gouvernementales, mexicaines ou étrangères, d’aide humanitaire, de coopération au développement, de solidarité avec les paysans, avec les Indiens, avec les femmes du Chiapas, exclues d’entre les exclus... Des camps de réfugiés guatémaltèques installés dans le provisoire depuis vingt ans et qui ne rentreront plus. Des clandestins centraméricains engagés dans des périples à hauts risques vers les États-Unis et qui n’arriveront pas. De la drogue en culture, en vente ou en partance vers d’autres destinations. Une rébellion indigène originale dont les communiqués poético-vindicatifs font le tour du monde et dont les idéaux démocratico-zapatistes attirent une constellation de touristes politiques... De l’espagnol, du spanish , de l’anglais et encore un peu de tzotzil ou de tojolabal. Des autochtones incultes mais acculturés, de l’artisanat tipico et des tee-shirts sans frontières, du Pepsi , du Coca et du Posh [1], des casernes fédérales de militaires surarmés sur fond de paysages somptueux, des programmes de télévision mis en boîte à Miami, des syncrétismes déroutant et des ethno-anthropologues déroutés, du particulier, du cosmopolite, du maïs en masse et des hamburgers en guerre, de l’archaïque et du postmoderne, des pyramides mayas et de l’universel...
A n’en point douter, le Chiapas est bel et bien au centre du monde. Tant sur le plan économique que politique et culturel. Ses produits se répandent sur le monde et le monde se répand sur son territoire. A l’évidence, au-delà des opportunités qu’elle a pu créer, la mondialisation s’y est faite corollaire ou plutôt alliée d’un système économique et politique excluant. Un système qui a sans doute évolué au fil des siècles mais qui n’a jamais connu de véritables remises en cause des rapports de force qui structurent la société chiapanèque depuis son entrée au monde il y a quelque cinq cents ans. Un système qui tire aujourd’hui sa logique de tendances lourdes, à l’oeuvre à l’échelle du monde...
2. Modèle et contre-modèle de développement
Quel rôle la coopération au développement peut-elle jouer dans un tel contexte ? Comment s’inscrit-elle dans cette lame de fond mondialisatrice qui a fait du Chiapas un nouveau « pays proche » ? C’est la quadrature du cercle ! Expression de la mondialisation comme l’ont été d’autres « irruptions » historiques - telles la colonisation, l’évangélisation, le tourisme, la néo-colonisation... - plus ou moins bien vécues par les populations locales (c’est un euphémisme), la coopération au développement se doit de montrer sa différence. Montrer en quoi l’attrait pour cette région du monde, à l’oeuvre au sein des acteurs de la coopération - en réalité d’abord européens ou nord-américains - se démarque radicalement, dans sa manifestation comme dans ses conséquences, de l’intérêt d’autres « grands voyageurs qui font le monde », touristes ou hommes d’affaires. L’intentionnalité des visiteurs n’est pas en cause. Tous fondent leur démarche, soyons-en sûrs, sur de nobles sentiments, sur un souhait de vie meilleure pour les personnes rencontrées... Là où la coopération au développement est susceptible de donner sens à son appellation, c’est dans le rapport que ses promoteurs parviendront à construire avec leurs « partenaires », leurs vis-à-vis chiapanèques : un rapport de réciprocité et d’enrichissement mutuel, un rapport où les deux parties en présence seraient sujets de la relation et non pas objets.Le contre-modèle, c’est l’actuel modèle de développement économique du Chiapas. Un modèle qui considère le gros de la population locale comme une main-d’oeuvre taillable et corvéable à merci, et qui tient l’établissement dans la région de nouvelles entreprises à capitaux étrangers, où les normes minimales en matière sociale et environnementale ne sont pas respectées, pour la voie du salut économique. Le contre-modèle, c’est celui de la marchandisation de la nature et de la culture, qui a fait du Chiapas et de ses habitants indigènes le décor d’un vaste complexe touristique, la réserve énergétique du reste du pays et le terrain d’un pillage organisé au profit du plus offrant. Le contre-modèle, c’est celui de la généralisation de l’agro-exportation au détriment des cultures vivrières, celui de l’uniformisation culturelle au détriment des identités particulières, celui de la dérégulation des marchés et de la concentration du pouvoir au sein de quelques multinationales, celui de l’accroissement des inégalités [2]... Le contre-modèle, c’est celui d’un Chiapas mondialisé où la majorité de la population n’a pas la maîtrise de son propre destin, où elle demeure l’objet de décisions prises ailleurs.
Le modèle de la coopération internationale au développement, en revanche, pourrait être celui proposé aujourd’hui par les indigènes eux-mêmes, ou, pour le moins, par une forte composante du monde maya chiapanèque. Non pas, comme on pourrait le redouter, un modèle frileux de repli sur soi, une apologie d’un mythique âge d’or autarcique, un appel fondamentaliste à une authenticité première ou à la fragmentation identitaire du Mexique... mais bien le modèle d’« un monde où, selon l’une de leurs citations les plus reprises,il y aurait de la place pour tous les mondes. » L’utopie des Indiens du Chiapas d’apparence ingénue n’est pourtant ni isolée ni fortuite. La « néo-libéralisation » des sociétés latino-américaines a ouvert des espaces, monopolisés jusqu’il y a peu par des États forts. L’acteur indigène entend bien s’y manifester, défiant ainsi le climat de décomposition sociale qui tend à prévaloir. Objectif : la mise à l’ordre du jour de l’existence politique, culturelle et sociale de multiples résistances indiennes, aux quatre coins du continent. La rébellion zapatiste du Chiapas est l’une d’elles, probablement la plus en vue. Si la justice sociale reste l’étoile à atteindre, sa quête repose désormais sur la responsabilisation du pouvoir, la reconnaissance des diversités et la revalorisation de la démocratie. Si l’on s’éloigne du modèle des guérillas révolutionnaires traditionnelles, on est loin aussi des guerres messianiques, à la violence définitive, sans réserve et sans retour, des Mayas d’hier. Identitaires, les zapatistes d’aujourd’hui sont aussi démocrates et soumettent à discussion leurs idéaux multiples et divisibles...
A l’occasion d’échanges répétés avec un flot de visiteurs de tous bords, mexicains et étrangers, les rebelles indiens ont esquissé leurs aspirations : autonomie sans séparation, intégration sans assimilation... A la déferlante uniformisatrice de la mondialisation et à l’indigénisme intégrationiste des autorités nationales, les zapatistes du Chiapas répondent par un indianisme respectueux des identités. « Etre reconnus égaux et différents, Mexicains et Indiens dans une démocratie plurielle qui sache faire l’unité dans la diversité. » Défi universel, s’il en est.
3. « Nos problèmes sont les vôtres »
Articulation pacifique et inédite d’intérêts particuliers, d’aspiration démocratique et de valeurs sans frontières, le mouvement zapatiste est perçu par de nombreux observateurs comme le contre-exemple par excellence de plusieurs mouvements identitaires qui, de par le monde, en ex-Yougoslavie, en Algérie et ailleurs, ont sombré dans le repli, l’autoritarisme, l’obscurantisme ou la violence, ont répondu à la mondialisation par le fondamentalisme. La rébellion chiapanèque à l’inverse, suffisamment identitaire pour ne pas se diluer, suffisamment universelle pour ne pas se replier, multiplie les ancrages sans les opposer : indien, mexicain et humaniste.Aux acteurs de la coopération au développement qui leur demandent ce dont ils ont besoin, les Indiens mayas renvoient la balle : « Regardez chez vous. Nos problèmes sont les vôtres. Sortez de vos schémas paternalistes. La mondialisation de la solidarité est à construire ensemble. » Iconoclaste, la repartie fait mouche. « Les gens intéressés par les Indiens du Chiapas devraient l’être plus par intérêt propre, renchérit le sociologue français Yvon Le Bot manifestement séduit par l’invite. Ils le sont encore trop par charité chrétienne, par compassion pour les victimes. Le zapatisme, c’est la volonté de rompre avec ce type de solidarité à sens unique. La solidarité doit être réciproque. La meilleure manière d’être solidaires avec les indigènes chiapanèques, c’est d’affirmer la même logique qu’eux, ici, chez nous. L’orientation zapatiste et les problèmes autour desquels elle s’articule sont des problèmes que nous partageons ici. La question centrale en Belgique, quelle est-elle ? Comment vivre ensemble avec nos différences ? Autrement dit : l’identité et la démocratie, les deux pôles mis en avant par les Indiens du sud-est mexicain. » [3]
On l’aura compris, l’articulation sur le plan international de la rébellion du Chiapas - ou de toute autre résistance sociale, culturelle et politique - avec d’autre groupes, d’autres acteurs sociaux mobilisés en fonction de leurs propres intérêts sur des problématiques communes devrait se profiler comme l’un des défis des prochaines années au sein du monde de la coopération au développement. Une coopération au développement respectueuse des dynamiques locales, fédératrice de sociétés civiles et soucieuse de porter sur le plan politique les revendications de ses acteurs...
On n’en est pas encore là ! Séduisante, la consécration du modèle de développement proposé par les Indiens du Chiapas attribue évidemment beaucoup de vertus à une rébellion qui, si elle multiplie les originalités « théoriques », peut révéler un réel plus trivial, une fois abordée empiriquement. L’idéalisation abusive d’une action inédite qui concilierait lien communautaire, autonomie individuelle, solidarité sociale et exigence d’universalité - et qui inviterait ses partenaires du monde entier à la rejoindre - ne résiste pas toujours à l’analyse de la réalité et aux rapports de force qui la traversent. Bien des menaces pèsent aujourd’hui sur le mouvement des Indiens chiapanèques. Bien des écueils sont encore à évités. Encerclée, neutralisée, divisée, la rébellion pourrait se raidir et répondre à l’étouffement par la fuite en avant et la violence ; donner raison à ceux qui en son sein rêvent de souveraineté maya et repoussent l’étranger, ou à l’inverse, laisser libre cours à ses fondements révolutionnaires internationalistes quitte à diluer son enracinement, se cantonner dans l’esthétisme ou le cosmopolistisme quitte à sombrer dans l’inconsistance. L’équilibre est fragile et circonstanciel. Tout n’est pas joué.
4. « Mondialiser la solidarité » ou « humaniser la mondialisation » ?
Quoi qu’il advienne, l’avenir du mouvement indien du Chiapas dépend aussi de la capacité des acteurs de la coopération internationale à répondre aux défis qu’il lance au reste du monde. Celui de la démocratie à l’heure de la globalisation. Celui du respect des particularités et celui de l’universalité du respect. Celui de la résistance à l’exclusion dans les pays du Sud comme dans les pays du Nord. La rébellion chiapanèque nous invite à investir les interstices de la mondialisation d’expériences solidaires et... à les mettre en vitrine. La coopération au développement, laisse-t-elle entendre, n’aura de sens qu’accompagnée d’une démarche coordonnée et volontariste d’inscription sur le plan politique de ses principaux défis...Il revient aux acteurs non gouvernementaux eux-mêmes, du Nord comme du Sud, d’exiger de leurs autorités nationales mais aussi des instances publiques internationales, qu’elles créent les conditions structurelles propices à « la mondialisation de la solidarité » [4]. Ce processus, ambitieuse opération de résistance face à« la généralisation d’une logique économiciste excluante et destructrice », se structure dans les faits autour de quelques grands axes mobilisateurs : le renforcement et la convergence des mouvements populaires anticapitalistes, la défense des droits humains, culturels, politiques et sociaux, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable et aux services sanitaires de base, la promotion de relations équitables entre les hommes et les femmes, la protection de l’environnement, les échanges culturels, le renforcement des capacités d’action citoyennes, etc. « Ce n’est que sur la base d’intérêts communs et d’un engagement solidaire que nous pourrons nous rapprocher de l’objectif d’un monde bâti sur la justice, l’égalité, la démocratie et la liberté », proclament les ONG. Aujourd’hui, au Forum social mondial de Porto Alegre et ailleurs, une multitude d’entre elles, de tous les coins de la terre, s’entendent pour revendiquer l’instauration de mécanismes démocratiques visant au contrôle et à la transparence des institutions financières internationales et à la régulation des marchés mondiaux... preuve, s’il en était encore besoin, que le champ d’action et de compétence du monde bouillonnant des ONG de développement est désormais, lui aussi, sans frontières.
En définitive, pour la plupart des acteurs de la coopération au développement comme pour les Indiens mayas du sud-est mexicain, postulats et conclusions coïncident. Pour que la mondialisation ne soit pas interprétée par les deux tiers de l’humanité comme la libre expansion d’un modèle de développement inéquitable ou, sur le plan politico-militaire, comme un blanc-seing aux interventions à géométrie variable des grandes puissances, il faudra qu’elle s’accompagne d’indispensables corollaires : la solidarité, la justice dans les relations internationales, le respect des différences et la recherche de l’équité dans la redistribution des ressources. Vaste programme ! Les souhaits désormais affichés par le tout-puissant Fonds monétaire international d’« humaniser la mondialisation » pourront-ils y répondre ? Ou est-ce la logique même de l’actuelle mondialisation qui est à revoir ? Poser la question parmi les acteurs de la coopération actifs au Chiapas, c’est y répondre.
Notes
[1] Boisson locale alcoolisée à base de maïs et de sucre brut.
[2] Lire Adolfo Ocampo Guzman, La Economia Chiapaneca ante el Tratado de Libre Comercio, Ed. du Centre d’Information et d’Analyse du Chiapas (CIACH), Mexico, 1999.
[3] Entretien avec Yvon Le Bot, « Le zapatisme, c’est cela ou ce n’est rien ! », Dossier Chiapas in La Revue Nouvelle, Bruxelles, novembre 1999.
[4] In La Déclaration de clôture de la Conférence internationale des ONG « Mondialisation de la solidarité - du dialogue au trialogue », Berlin, 21-22 juin 1999.
In Van Cromphaut M. (sous la dir.), Les Mondialisations : gouffre ou tremplin ?, Paris, L’Harmattan, 2001, 75-83.
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